4. La bataille contre la réforme fasciste

4.1 Le Congrès reconstitutif du Parti

Le Congrès reconstitutif du Parti commença ses séances le 8 juin 1975 dans une vieille bâtisse située aux alentours d'un endroit petit et calme dénommé La Cabada, dans la province de Santander, près de Torrelavega. Quelques dizaines de délégués représentant toutes les organisations de l'OMLE y assistèrent.

Préalablement, une commission chargée des travaux pour l'organisation du Congrès avait été nommée. Cette commission disposa de la maison pendant quinze jours, temps dont on devait profiter au maximum pour l'aménager et pour résoudre tous les problèmes qu'une réunion de ce genre, organisée, en plus, dans la clandestinité la plus stricte, comporte.

Ainsi, le jour prévu, dans une ambiance de grande émotion et de bonne camaraderie s'ouvrit la première séance. Un camarade de la commission organisatrice soumit à l'approbation de tous les assistants l'ordre des thèmes à traiter et les normes de fonctionnement du Congrès: l'élaboration et l'exposition des rapports, la façon de mener les débats et l'approbation finale des documents et des résolutions, de même que la manière d'élire le Comité Central. Ces normes approuvées, furent élus le bureau et la présidence du Congrès qui échut à Enrique Cerdán Calixto.

Tout de suite commença dans la maison une intense activité d'étude et de discussion au cours de plénums et de commissions que tenaient occupés les délégués toute la journée et une partie de la nuit.

Dans le rapport présenté à la première séance plénière du Congrès, Manuel Pérez fit bilan du travail réalisé par l'OMLE depuis sa création en 1968, et en tira les lignes générales de l'activité du Parti à l'avenir.

Abondant dans la thèse défendue dans l'Organe Central, le Rapport affirmait que les conditions pour la célébration de notre Congrès avaient mûri: aggravation de la crise économique et politique du régime, offensive de la lutte de masses, la classe ouvrière en tête, banqueroute du révisionnisme, et surtout, état actuel de nos forces organisées, leur cohésion idéologique et politique, le degré d'extension et de liaison avec les masses; tout cela non seulement rendait possible, mais indispensable, la reconstruction du Parti. Si nous ne comptions pas une force et une expérience suffisantes, malgré de très bonnes conditions dues à la crise générale du régime, toute tentative de reconstruire le Parti deviendrait un échec.

Par ailleurs, le Rapport avertissait que la fin de l'étape de reconstruction du Parti ne signifiait pas que tout soit déjà fini dans le domaine de l'organisation et dans celui d'une plus grande capacité de nos forces. Nous constituions toujours une Organisation faible et il nous manquait de l'expérience, mais le moment était arrivé où nous ne pourrions résoudre ces problèmes qu'en appliquant dans notre travail le Programme et les Statuts qui résument l'expérience d'une longue activité déployée parmi les masses et au sein de nos rangs. Désormais, nous pourrions poursuive notre travail et faire avancer le mouvement ouvrier grâce au Parti.

Nous n'avons pas mis sur pied le Parti par hasard, en quelques jours ni en marge de la lutte de classes. Pour le reconstruire au milieu de la confusion provoquée par la trahison révisionniste, nous dûmes travailler dur pendant plus de sept ans, affronter différents ennemis et vaincre de nombreuses difficultés. Le chemin de la révolution n'est pas un chemin de roses; il est escarpé et exige des sacrifices. Jamais n'a été inventé un autre chemin dans l'histoire, ni même un raccourci. Prendre ce chemin long et difficile a contribué à nous forger comme communistes, à créer un noyau dirigeant et de nombreux groupes du parti dans les principales zones économico-politiques du pays; nous avions un appareil politique assez entraîné dans tous les domaines de l'activité et nous pouvions assurer que le secteur le plus conscient et le plus avancé du prolétariat était de notre côté.

Nous avions commencé par créer un noyau dirigeant convaincu de mettre sur pied à nouveau le Parti Communiste. Pour y arriver, nous avions dû travailler parmi les masses, contribuer à leur éducation et leur organisation politique, pousser, dans la mesure de nos moyens, la lutte contre le fascisme et l'impérialisme, en démasquant en même temps le révisionnisme et l'opportunisme.

Le Rapport approfondissait la dégénérescence révisionniste du PCE et ses terribles conséquences pour le mouvement ouvrier. Nous avions insisté sur ce sujet à maintes reprises et nous continuerions de le faire à l'avenir: nous avons beaucoup parlé à ce sujet et nous ne cesserons pas de le faire jusqu'à faire apparaître toute la vérité aux masses, disait ce Rapport. Pour cela, plus de vingt ans après, en 1997, nous avons édité un livre complet sur ce thème (Approximation à l'histoire du PCE), où nous développons et approfondissons nos analyses. Nous avons évalué les réussites, critiqué les erreurs et assumé les uns et les autres parce que nous sommes les continuateurs.

La politique révisionniste de réconciliation nationale avec le fascisme initiée le 1956 ouvrit une période d'une grande confusion dont les carrillistes profitèrent pour mener à bien l'élimination des cadres et des militants sains de la base du Parti.

Les attaques du révisionnisme moderne contre l'œuvre de Staline et la dictature du prolétariat, les thèses du XXe et du XXIIe Congrès du PCUS sur la coexistence pacifique, sur la transition pacifique au socialisme et sur le Parti et l'État de tout le peuple, entre autres, favorisèrent l'assaut de Carrillo et des siens sur la Direction du PCE et sa destruction postérieure. Carrillo et sa bande trouvèrent dans le révisionnisme international, en particulier dans la clique de Khrouchtchev, leurs sources d'inspiration, d'ailleurs, assez vieilles. Le révisionnisme est un phénomène international qui a son origine dans l'influence de l'idéologie bourgeoise dans un secteur de l'aristocratie ouvrière et dans la corruption de celle-ci par l'impérialisme.

Sans le soutien de Khrouchtchev et les siens, les carrillistes n'auraient pu s'emparer de la Direction du Parti. Toutefois, s'il est vrai que, sans cette condition, le Parti en Espagne n'aurait pas subi des coups si durs et, selon toute probabilité, le fascisme ne serait pas encore au pouvoir, il n'est pas moins vrai que, pour que de tels coups puissent être assénés, les révisionnistes trouvèrent aussi des conditions favorables au sein du PCE: Quel marxiste peut-il dire qu'un parti communiste et ses dirigeants ne se trompent jamais, qu'ils ne commettent pas d'erreurs? Nous savons que la plus importante des erreurs commises par le Parti consista dans l'affaiblissement de la vigilance et de la lutte idéologique au sein du Front Populaire. Cet affaiblissement de la vigilance et de la lutte idéologique au sein du Front Populaire ne s'explique que par leur affaiblissement au sein du PCE. Une erreur grave permit une poignée d'arrivistes comme Carrillo, des gens sans scrupules, de s'infiltrer dans le Parti, d'y nicher et de rester tapis en son sein quand la lutte était la plus favorable au peuple. Ils furent ceux qui, soutenus par l'impérialisme et la réaction interne, commencèrent à poignarder dans le dos le Parti, ses meilleurs militants, dès le moment où les difficultés apparurent.

Nous ne pouvions admettre que la destruction du Parti ait été un processus spontané. Le PCE appliqua une ligne générale juste, c'est pourquoi on ne peut considérer que ces erreurs-là portaient en elles-mêmes les germes de sa destruction. Si les manœuvres de la bande de Carrillo n'avaient pas existé, le Parti aurait corrigé à temps les erreurs et aurait avancé accomplissant fidèlement sa tâche. Carrillo et son groupe réalisèrent ce que les fascistes n'auraient jamais pu faire d'une façon directe. Le caractère d'agents de l'impérialisme et du fascisme de Carrillo et de sa bande fut évident et c'est pour cela que le régime se mit toujours en quatre pour le vanter:

La trahison carrilliste se fit sentir très tardivement. Le régime de terreur régnant dans le pays et l'utilisation que le groupe de Carrillo faisait des traditions révolutionnaires et du prestige mérité du PCE parmi les masses, aidèrent les renégats à maintenir durant un certain temps un mur infranchissable de mensonges. Il était alors difficile de lutter contre les déformations révisionnistes et il fallait se protéger pour ne pas tomber entre les mains de la police politique, victime du mouchardage carrilliste. Partout, les adeptes de Carrillo étaient en majorité. Cependant, la vérité se fraye toujours un chemin avec une force irrésistible, et cette majorité s'avéra fictive.

Le communisme perça en profondeur les masses ouvrières et populaires d'Espagne. Les carrillistes, malgré les apparences, n'eurent jamais le soutien de la classe ouvrière. Ces circonstances et l'aggravation des contradictions et de la lutte de classes, tant dans notre pays que partout dans le monde, rendirent difficile la tâche du révisionnisme en Espagne, ce qui, à son tour, permit de faire surgir un courant d'opposition forte qui, encouragé par la lutte du mouvement communiste international contre le révisionnisme moderne, devait acquérir dans les années 60 un grand développement.

Finalement, le Rapport soulignait que la célébration du Congrès ratifiait les réussites de l'OMLE dans l'établissement des normes organiques, idéologiques et politiques pour la reconstruction du Parti. Une fois accompli cet objectif, surgit la nécessité de donner un nom au nouveau Parti et Manuel Pérez proposa Parti Communiste d'Espagne (reconstitué), puisque, en réalité, il n'existait aucune différence essentielle entre l'idéologie et la politique qui guidaient le PCE et celle qui devrait poursuivre le PCE(r), de même qu'il n'existait aucune différence par rapport à l'objectif dernier, le communisme.

Nous avions toujours parlé de reconstruire le Parti dont José Díaz était à la tête, bien que notre Parti soit composé, dans sa majorité, d'une génération nouvelle de révolutionnaires, quasi sans liens avec le passé, et que son programme doive s'adapter aux nouvelles conditions économiques et sociales. Néanmoins, tout cela ne signifiait pas que nous partions de zéro, ni que nous agissions en marge de l'expérience historique.

Nous rompîmes avec le révisionnisme et avec les autres escrocs opportunistes, mais nous ne rompîmes jamais avec le legs de la lutte des peuples et du prolétariat révolutionnaire d'Espagne. Cette histoire forme partie intégrante de l'histoire du mouvement progressiste et ouvrier international; elle est fondue, comme la partie au tout, avec la lutte des ouvriers des autres pays, et en particulier, avec celle de ceux qui luttèrent sous le drapeau de la III Internationale. Nous ne renions pas de ce passé glorieux et nous assumons tant ses réussites que ses erreurs. C'est pourquoi nous revendiquons les traditions révolutionnaires de la classe ouvrière d'Espagne et de son Parti, de la même façon que le Parti dont José Díaz était à la tête revendiqua les traditions des démocrates populaires les plus conséquents comme Pi y Margall, Salvochea et beaucoup d'autres qui luttèrent ‘pour une Espagne républicaine’, où existe le bien-être pour le peuple.

Nous ne trouvons rien qui puisse justifier une rupture avec le Parti Communiste d'Espagne. Nous vivons dans la même époque. L'impérialisme, le fascisme et le révisionnisme se poursuivent; ils sont nos pires ennemis et aussi les pires ennemis du peuple. Notre Parti se fondra sur les mêmes principes tactiques et d'organisation, sur le même esprit léniniste. Nous, et personne plus que nous, sommes ses héritiers et ses continuateurs.

Outre la discussion du Rapport, le Congrès débattit largement d'autres questions concernant la stratégie, la tactique, la situation politique, la ligne de masses du Parti, les méthodes d'organisation, etc., qui représentaient un développement des thèses déjà approuvées dans la Ière Conférence de l'OMLE.

La stratégie du PCE(r) est fondée sur une analyse pertinente des principales contradictions existantes en Espagne qui, à leur tour, découlent de la base économique capitaliste, de la corrélation des forces sociales et de la nature fasciste du régime existant: la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat, la contradiction entre les nations opprimées et l'État de la grande bourgeoisie, la contradiction entre la petite et moyenne bourgeoisie et les monopoles. Toutes ces contradictions sont conditionnées par la contradiction fondamentale qui forme la base économique capitaliste, hautement socialisée, et les relations correspondantes de production, fondées sur la grande propriété capitaliste et l'exploitation du travail par le capital. Cette contradiction fondamentale, et la lutte de classes qu'elle génère, détermine le caractère socialiste de notre révolution.

Nonobstant, étant donné la nature fasciste et impérialiste de l'État de l'oligarchie financière, l'oppression de tous les peuples des différentes nationalités, de même que la spoliation de vastes secteurs non prolétariens de la population, la contradiction principale sociale qui existe en Espagne est celle qui oppose les monopoles et le fascisme à la classe ouvrière, aux petits paysans, aux nations opprimées, à l'intellectualité progressiste, etc. Pour cela, bien que l'objectif stratégique de notre révolution ne puisse être que la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière, celle-ci devra auparavant renverser, avec les autres secteurs opprimés et exploités, l'oligarchie détentrice du pouvoir.

Dans la période qui va du renversement de l'oligarchie à la prise du pouvoir politique par le prolétariat, s'écoulera une étape courte de transition qui devra être présidée par un Gouvernement Provisoire Démocratique Révolutionnaire qui agira comme l'organe du peuple en armes, afin d'écraser la résistance de l'oligarchie et des autres secteurs réactionnaires et garantir la célébration d'élections vraiment libres, à une Assemblée Populaire, qui rédigera la Constitution et nommera le nouveau Gouvernement Démocratique.

Il était clair donc, depuis le début, que le PCE(r) ne se proposait pas de réaliser une révolution de genre bourgeois, déjà dépassée par le développement historique; il ne tentait pas non plus de mener la classe ouvrière au pouvoir depuis la situation politique actuelle, compte tenu du manque d'une organisation forte du prolétariat, de son unité avec d'autres secteurs populaires, ainsi que d'abondantes expériences politiques.

Ces conditions nécessaires pour la prise du pouvoir par le prolétariat seront créées au cours même de la lutte révolutionnaire, dans le processus de renversement du capitalisme.

Le PCE(r) fonde sa tactique sur l'organisation et l'activité politique indépendante qu'il mène à bien parmi la classe ouvrière, car c'est seulement en s'appuyant sur la classe ouvrière, la classe la plus nombreuse, la plus révolutionnaire et la mieux organisée de la société espagnole, en soutenant son organisation politique et son unité et en lui faisant jouer le rôle politique qui lui correspond, seulement de cette façon, on pourra acculer l'oligarchie et attirer dans les rangs des partisans de la révolution tous les autres secteurs intéressées, mais qui, par leur nature de classe petite-bourgeoise, hésitent continuellement, oscillant entre les positions révolutionnaires du prolétariat et le réformisme favorisé par la bourgeoisie.

Sur la base de l'organisation et de l'activité indépendante de la classe ouvrière, le PCE(r) soutient tous les secteurs de la population qui sont victimes de l'exploitation, de l'appauvrissement, des abus et de l'oppression des monopoles et de son État policier, et tente de les attirer à la lutte la plus résolue.

Par son importance économique et sociale, autant que par l'exploitation qu'il subit, le paysannat constitue la deuxième force en importance de notre société, susceptible de prendre part active à la lutte contre les monopoles et le fascisme, il est donc l'allié naturel du prolétariat.

Un autre secteur important que le Parti encourage et auquel il prête soutien est formé par les mouvements de libération des nations opprimées par l'État espagnol. Dans les conditions du développement des monopoles, seul le prolétariat est capable de donner une juste solution au problème national. Le prolétariat doit assumer et être à la tête de cette lutte; cependant, le nationalisme de la classe ouvrière a un caractère socialement différent de celui de la bourgeoisie. Pour le prolétariat la défense des droits nationaux est liée étroitement à la lutte pour la révolution socialiste qui en finira avec l'exploitation qu'il subit aux mains de la bourgeoisie. D'où la nécessité d'unir leurs forces avec le prolétariat des différentes nations afin de combattre efficacement l'ennemi commun: l'État de la grande bourgeoisie financière des monopoles. Pour cela, le prolétariat est obligé de démasquer la démagogie prétendument nationaliste de la bourgeoisie, en y opposant l'internationalisme prolétarien.

Le principe de l'union des ouvriers des différentes nationalités constitue la base de la résolution de la question nationale en Espagne. Sur cette base, le prolétariat révolutionnaire défend le droit des nations opprimées à leur autodétermination.

En plus de la classe ouvrière, de la paysannerie et les nations opprimées, il y a d'autres secteurs populaires que le Parti doit gagner à la lutte, comme les étudiants, les intellectuels démocrates, les femmes travailleuses, la jeunesse, etc. Notre Parti doit promouvoir des organisations politiques démocratiques, de caractère antifasciste ou répondant aux revendications populaires parmi eux. L'action du Parti au sein de ces organisations consiste à transmettre sa Ligne politique, mais en même temps il observe et fait respecter leur autonomie et critique les hésitations propres des secteurs qu'elles représentent.

La tâche de dévoilement et de dénonciation des groupes et des partis sociaux-fascistes déguisés en partis ouvriers tient une importance relativement grande dans la tactique du Parti, parce que, sans mettre au clair leur vraie nature de classe bourgeoise et les intérêts qu'ils défendent, il devient pratiquement impossible d'isoler et de mener jusqu'au but le combat contre l'oligarchie et son État.

Sur la situation politique, le Congrès affirma que les vieilles formes de domination fasciste de l'oligarchie en Espagne étaient en train d'être balayées par la lutte de masses. La classe ouvrière, en particulier, qui avait été à la tête du mouvement populaire, conquérait une position après l'autre à l'ennemi de classe, imposant le droit de grève et de manifestation, les droits d'expression et de réunion, etc. Devant le grand capital et son gouvernement s'est présentée une situation réellement difficile qui les empêche de continuer à contrôler les masses pour assurer leur exploitation. Ils doivent, donc, changer quelque chose pour tenter que tout reste pareil.

Nous avons prévu alors que la réforme entreprise à cette époque par l'oligarchie supposerait une augmentation de la répression contre les masses populaires, en renouvelant et en modernisant à cette fin tout l'appareil répressif, et en faisant collaborer ouvertement à cette tâche tous les partis réformistes; à leur tour, ils allaient reblanchir le bâtiment pourri, en écartant des tâches du Gouvernement les fascistes de vieille souche et en donnant une apparence démocratique à leur activité exploiteuse et répressive.

Du fascisme et les monopoles il n'y a pas de marche arrière à la démocratie parlementaire bourgeoise; on peut seulement aller au socialisme. Il s'agit d'une thèse fondamentale du marxisme-léninisme que le PCE(r) défend. S'en tenant à cette thèse et à l'analyse de la situation générale de la société espagnole, notre Parti prédisait que l'Espagne ne marchait pas vers un système politique démocratique bourgeois, mais qu'au contraire, elle était immergée dans un processus révolutionnaire qui pouvait seulement déboucher sur la destruction du système capitaliste et sur la réalisation du socialisme.

Les grands problèmes dont souffraient et souffrent toujours les masses ouvrières et d'autres travailleurs ne pouvaient être résolus par les élections. En Espagne, il y a longtemps que l'époque parlementaire est passée; le parlementarisme a été enterré sous un million de morts. C'est pourquoi il faut isoler l'oligarchie et ses instruments dictatoriaux, vieux ou nouveaux, du pouvoir afin de concentrer toutes les forces révolutionnaires de destruction contre eux.

Le PCE(r) continue de défendre le boycott du régime, de ses institutions et de ses lois profondément réactionnaires, des partis qui le servent et qui le soutiennent, etc.; en même temps, il aide les masses révolutionnaires, promeut et tente d'étendre partout les expériences et les formes démocratiques et révolutionnaires de lutte, et ainsi il crée les conditions pour l'unité et le développement impétueux du mouvement politique de résistance.

Le maintien le lien le plus étroit avec les masses avait alors une importance capitale. Le Parti élabore sa ligne politique, ses méthodes de travail et d'organisation en intégrant les principes du marxisme-léninisme aux conditions concrètes de l'Espagne et en relation étroite avec le mouvement révolutionnaire de masses. Il considère qu'elle est la seule ligne de masse correcte, ce qui fait que le Parti se trompe le moins possible, corrige ses erreurs à temps et reste toujours lié aux travailleurs.

Le Congrès reconstitutif du Parti, tenant compte de ces thèses, de même que de la situation politique et du développement organique atteint, décida de changer l'orientation générale du travail. Avec la célébration du Congrès étaient établies, en essence, les bases politiques, idéologiques et organiques du Parti. On devait continuer à faire attention spécialement à sa consolidation et à son développement, mais à partir de ce moment-là, la consolidation du Parti et le perfectionnement de sa Ligne politique dépendaient dans une grande mesure de la réalisation du travail parmi les masses et du lien étroit avec elles -en particulier avec le prolétariat des usines-; du travail d'éducation politique et d'organisation mené à bien parmi tous les travailleurs. Par conséquent, le travail de masses, aller vers elles était la tâche centrale du Parti dans l'étape qui s'ouvrait après le Congrès.

C'est dans les grandes usines, qui concentrent la partie la plus nombreuse, la plus combative et la mieux organisée du prolétariat, que le Parti concentre ses forces avec le but de les transformer en vraies forteresses de la révolution. Le Parti stimule parmi les ouvriers la création de toute sorte d'organisations, syndicales et de solidarité, ou culturelles, jusqu'aux groupes pour le châtiment des briseurs de grève et des mouchards, etc. Les organisations du Parti et ses militants doivent obtenir le soutien et s'appuyer sur les sympathisants et les ouvriers avancés, leur remettant des tâches, si petites et insignifiantes qu'elles paraissent.

Parmi les tâches du Parti, la direction de la lutte syndicale pour l'obtention d'améliorations économiques et sociales immédiates occupe toujours une place privilégiée. Là où nous soyons présents, nous devons nous préoccuper de cet aspect de la lutte de classes. Pour cela, le Parti doit démasquer et combattre le rôle des agents du patronat et du Gouvernement des syndicats réformistes, et promouvoir les Cercles Ouvriers comme organisation sans membres, qui, liés au Parti, peuvent faire le travail de syndicat de classe, déjouer l'action policière et éviter de tomber dans le révisionnisme. Dans les conditions du fascisme, il ne peut exister un autre type d'organisation syndicale qui serve vraiment aux ouvriers.

En même temps, le Parti doit promouvoir les méthodes indépendantes de lutte, de résistance aux plans d'exploitation, le boycott des manœuvres du Gouvernement, des pactes et des trahisons des syndicats. Les assemblées et l'élection de commissions de délégués qui négocient avec le patronat au nom de tous, les grèves de solidarité, les manifestations massives dans les rues, la formation de piquets d'extension et de protection, etc. sont des armes puissantes qui ont démontré leur efficacité entre les mains du prolétariat et que le PCE(r) doit impulser partout.

Pour réaliser cette tâche si vaste, le Parti doit aller là où les masses se trouvent, en se centrant en particulier sur les ouvriers sans parti, parce qu'ils sont ceux qui se trouvent moins pollués de réformisme et donc plus prêts à suivre la ligne révolutionnaire.

Concernant l'organisation du Parti, bien que le mouvement de masses ne puisse être clandestin, pour qu'il avance et atteigne ses objectifs, il a besoin du Parti, et celui-ci, dans les conditions actuelles de répression et de manque de libertés, s'il veut accomplir sa mission, doit rester et développer son travail depuis la clandestinité et appliquer d'une façon rigoureuse les méthodes du travail de conspiration, insista le Congrès.

Les militants clandestins devront s'efforcer d'apprendre et de dominer ces méthodes à la dure école du travail révolutionnaire, en assimilant de mieux en mieux le marxisme-léninisme, jusqu'à devenir de vrais professionnels de la révolution, capables de déjouer les recherches des limiers de la police politique et de mener à bien, d'une manière efficace, le travail politique.

Plus rigoureux se montre le Parti dans l'application des méthodes clandestines, mieux garantis seront les militants se consacrant au travail de masses; plus ample, ouverte et éclectique pourra être leur tâche et plus difficile sera pour la police de pénétrer et de détruire l'organisation.

Le centralisme démocratique est le principe d'organisation et de fonctionnement du Parti. Cela veut dire que le PCE(r) est une organisation centralisée, qui n'admet pas plusieurs centres dirigeants, mais un seul (le Comité Central), auquel se subordonnent tous les militants et les organisations le composant. L'organisation communiste centralisée exige, en même temps, un fonctionnement démocratique: la discussion, l'adoption de décisions et le travail pratique sont menés à bien par des procédés démocratiques, de contrôle des dirigeants sur le travail de la base et de contrôle de la base sur le travail des dirigeants. Ce contrôle est réalisé de plusieurs façons au cours du travail quotidien, mais c'est dans les Congrès, en particulier, où on analyse et on juge l'action du Parti, et plus particulièrement, de la Direction, en procédant à son élection.

Dans les rangs ouvriers, l'application du centralisme démocratique oblige au contact permanent entre les dirigeants et les dirigés, garantit la liberté la plus ample de discussion et de critique et crée ainsi l'unité d'action, si nécessaire pour la lutte révolutionnaire. Autrement dit: le centralisme démocratique facilite et promeut la participation des travailleurs à l'œuvre commune et ne permet pas que personne, ni aucun groupe particulier ne puisse profiter du travail et du sacrifice des autres.

Le centralisme démocratique, en même temps qu'une rigoureuse centralisation de la Direction et l'application de procédés démocratiques de discussion et de contrôle, exige une division et une spécialisation strictes du travail. Lénine identifiait les méthodes artisanes de travail (caractéristiques des économistes et des réformistes) avec l'absence d'une organisation de vrais professionnels spécialisés dans la réalisation des différentes tâches que la lutte révolutionnaire exige.

Le Parti a besoin de créer toute sorte d'organisations et de former des cadres spécialisés. La division du travail dans le Comité Central répond à la conception léniniste de l'organisation et du travail révolutionnaire que le prolétariat conscient a besoin de déployer. Là où apparaît un front nouveau de lutte ou une activité nouvelle, on doit créer une organisation du Parti qui répond à cette nécessité et qui fasse comme il faut son travail sous la direction immédiate du Comité Central ou de l'organisme désigné par lui.

Le militant communiste, lorsqu'il fait partie du Parti, connaît et accepte les Statuts et les normes qui régissent son fonctionnement interne et il doit les respecter.

Le PCE(r) ne prétend tromper personne et n'est pas non plus une machine électorale, mais l'instrument dont le prolétariat se sert pour faire la révolution socialiste. Au nom de cet objectif, ses militants acceptent une discipline de fer, qui est la même pour tous.

C'est dans le travail parmi les masses, dans le comportement et les relations avec les collègues de travail, les amis, etc. que l'on vérifie vraiment la qualité du véritable militant communiste. C'est pourquoi les membres du Parti ne doivent pas seulement observer la discipline et accomplir toutes les autres obligations de la militance, mais aussi, et plus particulièrement, ils doivent avoir toujours à l'esprit la façon de conduire leurs relations avec les masses et analyser, d'une façon critique, leur comportement avec elles.

Après les débats et l'approbation du Rapport Politique, des Thèses Programmatiques et les Statuts, le Congrès élut Manuel Pérez Martínez comme Secrétaire Général du Parti, et une partie du Comité Central, dont Enrique Cerdán, Abelardo Collazo et Juan Carlos Delgado de Codes. Au cours de la dernière séance plénière, on lut un communiqué adressé aux ouvriers et à tous les travailleurs, et on fit un appel à tous les militants et sympathisants du Parti à diffuser largement les documents et les résolutions du Congrès et à s'apprêter à les mettre en pratique, en suivant l'orientation générale d'aller vers les masses.

Enfin le nouveau Comité Central et tous les délégués se levèrent et, poing levé, entonnèrent l'Internationale.

4.2 L'été de la terreur

Juste après le Congrès reconstitutif, notre jeune Parti affronta l'une des situations politiques les plus difficiles et complexes depuis la fin de la guerre en 1939.

Le mois juin, la classe ouvrière avait asséné le premier coup sérieux à la politique aperturiste d'Arias Navarro avec le boycott des élections du syndicat officiel. De plus, le mouvement de masses était en pleine ébullition. Le régime se sentait complètement traqué et acculé à un effondrement total; c'est pourquoi, avant d'être débordé, et pour tenter de prendre l'initiative, il lança la croisade terroriste de l'été afin de faire reculer le mouvement de masses.

Notre Parti avait déjà prévu cette escalade répressive, en alertant la classe ouvrière et les autres secteurs populaires et en les appelant à se préparer à y faire face: Une fois échoués tous les plans d'intégration, d'abord au moyen du ‘pacte’ et ensuite avec l'ouverture, fondée sur le bloc du 20 décembre, l'oligarchie n'avait pas d'autre choix que tenter de remettre sur pied ses anciennes méthodes [...] Pourtant, tout sera inutile. Rien ne pourra effrayer les masses, ni les contenir dans leur juste lutte. Les fascistes se trompent s'ils croient qu'une plus grande répression et un nouveau regroupement des forces les plus noires et les plus réactionnaires ne vont pas entraîner aussi un nouveau regroupement des forces démocratiques et une plus grande accélération de la révolution.

Pendant les mois de juillet et d'août, des arrestations massives furent réalisées dans les principales villes du pays, la police sortit dans la rue en faisant étalage de sa force, il y eut des fusillades à Madrid et à Barcelone où furent arrêtés quelques militants d'ETA, et assassiné Moncho Reboiras à Ferrol. Complétant cette offensive terroriste du Gouvernement, la presse et la radio, mises complètement à son service, déchaînèrent une campagne de propagande frénétique, du plus pur style nazi, encourageant cette vague de détentions, dans le but de semer la panique parmi les masses travailleuses, de les diviser et de les paralyser. Toutefois, le régime connut aussi les conséquences de ces actes criminels: plusieurs policiers et gardes civils furent exécutés par les groupes armés antifascistes et indépendantistes. Cependant, le Gouvernement n'abandonna pas sa politique de terreur, qui culmina avec les exécutions du 27 septembre 1975.

Le 22 août de cette année-là, pendant le Conseil de ministres présidé par Franco, réuni à La Corogne, le Gouvernement promulgua un décret antiterroriste qui impliquait l'État d'exception dans toute l'Espagne et la sentence de mort pour de nombreux antifascistes. Le régime aspira à assurer sa continuité de cette façon et lança toutes ses forces répressives dans la rue.

Devant cette situation, notre Parti, à la différence des groupes de gauche, non seulement mit en garde les masses populaires à temps et les appela à opposer résistance, mais lui-même se disposa à être à la tête de la lutte, même au prix des plus grands sacrifices. Nonobstant sa jeunesse, son inexpérience et sa faiblesse extrême, le PCE(r) mobilisa toutes ses forces menant à bien une ample campagne de dénonciations et d'appels à la grève, afin d'empêcher les exécutions et de mettre un frein à la campagne de terreur du régime. Entre-temps, les révisionnistes et leurs collègues de voyage de la gauche domestiquée, qui avaient mené tant d'activité auparavant, en convoquant des grèves toutes les trente secondes pour la réconciliation avec les exploiteurs et les assassins, cette fois disparurent tous de la scène, effrayés.

L'offensive terroriste plafonna avec les exécutions du 27 septembre, et c'est alors, après la tempête déchaînée partout en l'Europe et au moment où les troupes fascistes célébraient le massacre devant leur Caudillo, que quatre commandos agissaient simultanément dans différents endroits de Madrid et abattaient à coups de pistolet autant de policiers.

Avec la concentration du 1er octobre sur la Place d'Orient, à Madrid, les fascistes voulaient répliquer à la vague de protestations populaires qui secouèrent toute l'Europe en solidarité avec les peuples d'Espagne après les exécutions, et poursuivre leur politique en toute tranquillité. Pourtant, ils firent un mauvais calcul, puisqu'ils ne s'attendaient pas à ce que ce même jour les GRAPO sortent dans la rue pour répondre aux exécutions.

Lorsque la nouvelle de cette série d'actions de la guérilla lui fut donnée au balcon du Palace d'Orient, Franco ne put finir son discours - qui sera le dernier - et il se mit à pleurer. Ainsi le régime encaissa le coup le plus dur de son histoire sanguinaire, et se sentit depuis ce moment en banqueroute complète, car l'un de ses objectifs principaux, se maintenir par la politique de terreur n'allait pas être atteint et que, au lieu de paralyser le mouvement de résistance avec cette politique, celui-ci augmentait et prenait plus de force. Les lois antiterroristes approuvées dans le Conseil de ministres à La Corogne furent abrogées tout de suite.

Les conseils de guerre très sommaires que le régime avait programmé de mener à bien prochainement furent aussi annulés.

La surprise dans les sphères officielles face à cette série de coups de la guérilla fut totale, et ils ne purent dissimuler leur panique. Évidemment, le Gouvernement avait échoué dans sa tentative de freiner par la terreur et les exécutions la vague de luttes populaires qui commençait à le déborder. Avec les actions de la guérilla, le mouvement populaire reçut une stimulation énorme. C'est la date qui marque, mieux qu'aucune autre, le changement d'orientation dans la politique fasciste: après la journée historique du 1er octobre 1975, s'écroulèrent les dernières tentatives de l'oligarchie fasciste espagnole de maintenir intact le régime créé par Franco, après sa mort. Ce régime non seulement n'était plus capable de contenir par les vieilles méthodes fascistes les grandes vagues de la lutte ouvrière et populaire, mais encore, il se montrait fort vulnérable aux attaques de la guérilla, comme les actions du 1er octobre le mirent en évidence.

Harcelé de partout, corrodé par ses contradictions internes, avec la perspective d'une plus forte aggravation de la crise économique et avec un fort mouvement de grèves de type révolutionnaire soutenu par la lutte armée guérillera, la politique "d'ouverture" préconisée par Arias Navarro s'écroulait comme un château de cartes. À ce moment, la balance s'inclina en faveur des forces populaires et le régime fut obligé d'arrêter brusquement sa politique répressive. Les procès militaires en suspens furent annulés et les négociations avec l'opposition domestiquée furent accélérées pour fixer un nouveau cadre politique afin de rompre son isolement et, surtout, faire face à la résistance populaire.

Les mêmes circonstances qui obligeaient l'oligarchie à réviser tous ses plans, confirmèrent la Direction de notre Parti sur la justesse des points de vue avancés par rapport au choix politique et sur le succès de la ligne d'action entreprise, déjà avant le Congrès reconstitutif, dont les actions du 1er octobre avaient été une conséquence logique et nécessaire.

Les GRAPO ne revendiquèrent pas ces premières actuations -nonobstant leur importance et leur portée politique, et le succès qu'elles supposaient du point de vue de la propagande- parce que leur activité durant cette période avait un caractère préparatoire. Ils ne diffusèrent leur premier communiqué que le 18 juillet 1976, presque une année plus tard, après l'explosion dans tout le pays d'une quarantaine de bombes contre des monuments et des institutions fascistes. Depuis lors, la lutte guérillera des GRAPO, dirigée contre les crimes du régime, contre ses institutions et ses manœuvres politiques, n'a pas cessé.

La mort de Franco le 20 novembre 1975 et l'intronisation immédiate de Juan Carlos de Borbón à titre de Roi, selon ses prévisions successorales entraîna avec lui le Gouvernement Arias et sa politique d'ouverture quelques mois avant de sa démission formelle en juillet 1976.

Avant de s'écrouler définitivement, le policier Arias Navarro forma un nouveau Gouvernement avec des personnages impliqués dans la répression de la période comme Fraga, Areilza et Adolfo Suárez. Ce nouveau Gouvernement fera quelques promesses de changement et beaucoup de démagogie. Son seul objectif était de gagner du temps pour vérifier si le mouvement de masses diminuait, et tenter de continuer à appliquer la même politique qu'auparavant.

4.3 IBM et le système offset dans l'appareil de propagande

Après le Congrès on fit de grands progrès dans le domaine de la propagande. Cela vaut la peine de nous arrêter sur cette partie si importante de l'activité générale du Parti durant cette période-là.

La campagne de préparation du Congrès reconstitutif du Parti impliquait de tendre toutes les forces de l'Organisation, y compris celles de l'appareil de propagande. On édita les brochures Sur la bolchevisation; on fit des numéros extraordinaires d'Antorcha et de Bandera Roja contenant les documents à débattre au Congrès, de même que les opinions de camarades, sympathisants et amis; et on déploya une vaste campagne d'agitation avec des affiches et des autres collants. Pour la première fois, l'OMLE grava et diffusa, pour cette campagne, une cassette contenant des chansons et des textes révolutionnaires. Préalablement, on avait déjà imprimé quelques affiches, mais c'est alors qu'elles atteignirent un niveau artistique et d'agitation estimable.

Le magazine Antorcha arrêta sa publication; il avait largement accompli l'objectif idéologique pour lequel il avait été créé. Bandera Roja s'occupa fondamentalement à partir de ce moment-là de la tâche idéologique; il changea de format et de manchette et fut édité à nouveau tous les mois. Les organes locaux et nationaux arrêtent aussi leur publication, bien qu'ils soient réapparus de temps en temps à l'occasion de certains événements d'une importance spéciale. Pourtant, les imprimeries locales clandestines poursuivirent leur activité -malgré les arrestations fréquentes- comme auxiliaires de l'appareil central dans la confection du nouveau journal édité par notre Parti, Gaceta Roja, qui apparaissait tous les quinze jours et qui jouait le rôle d'un organe de masses, d'actualité politique, d'agitation et de combat. Dès les premiers numéros, Gaceta Roja fut un grand succès: sûr dans ses analyses et ses alternatives, avec des textes faciles à comprendre, et en plus agréable et impeccable dans la forme. Il devint bientôt le journal clandestin le plus populaire et le plus demandé dans le prolétariat révolutionnaire, en particulier, après les grandes campagnes de diffusion et de ventes directes commencées au début 1976.

Bandera Roja, Gaceta Roja, brochures, affiches, autocollants, tracts, etc. L'horizon de travail ouvert devant l'appareil central imposait de faire un saut qualitatif dans le domaine technique. Jusqu'au Congrès avait prévalu le travail artisanal; dans la nouvelle étape, maintenant comme Parti de la classe ouvrière et avec de nouvelles perspectives de travail, il était nécessaire de faire des progrès dans la professionnalisation des militants et des systèmes d'impression.

Dans l'étape finale de l'OMLE, on fit les premiers travaux en offset avec des planches apportées de l'étranger (les brochures Sur la bolchevisation). Peu après, et avec une photocopieuse, on put faire les premières planches sur l'appareil; tout de suite, on commença à graver des planches de papier avec de machines à vide et révélé automatique, et on commença à imprimer tout le matériel avec le nouveau système. Pourtant, ce n'était pas suffisant; on devait faire le saut, car cette méthode contenait de nombreuses limitations.

Les camarades de l'appareil central de propagande démontrèrent qu'il était possible, dans les conditions de la clandestinité la plus rigoureuse, d'installer les avancées les plus modernes de la technique d'impression en offset. On dut apprendre au fur et à mesure, sans arrêter le travail, extrayant l'information d'une façon indirecte des fournisseurs du matériel. Il arriva que l'appareil central dispose parfois de machines qui n'étaient pas encore sur le marché.

Ainsi, durant l'année 1976 on commença à utiliser la photocomposition et la photogravure de planches d'offset pour l'édition de tous les matériels confectionnés par l'appareil central; Bandera Roja et Gaceta Roja commencèrent à paraître avec des photographies et des dessins à l'aide d'une trame. Parallèlement, on avait réussi à dominer à la perfection la manœuvre et la maintenance de l'IBM Composer électronique pour la composition et la maquette des textes. L'appareil central resta donc divisé en trois sections: d'une partie, la maquette; d'une autre, la photocomposition et la photogravure; et en dernier lieu, l'atelier d'impression. Et tout se faisait dans la clandestinité. Les campagnes sont systématiques et se succèdent les unes aux autres sans interruption.

D'abord ce fut la diffusion des matériels du Congrès reconstitutif: un numéro spécial de Bandera Roja, des brochures avec les documents approuvés (Ligne Politique, Statuts, Actes). On fit un million d'autocollants de différentes tailles avec l'écusson du PCE(r); c'était la présentation formelle devant la classe ouvrière du nouveau Parti. C'ètait l'été de la terreur, en pleine campagne de protestations contre les procès abrégés et les exécutions. Les tracts et les communiqués de notre Parti furent les seuls qui ne manquèrent pas un seul jour dans les rues des principales villes d'Espagne, appelant à la grève générale et à la résistance contre la terreur du fascisme agonisant.

La mort du bourreau Franco ne prit pas le Parti par surprise: des milliers de tracts avec le poème de Pablo Neruda Le général Franco en enfer s'envolèrent partout le matin où fut annoncée sa mort, en même temps qu'on distribuait un communiqué du Comité Central. En ce temps-là, on publia l'étude de l'Internationale Communiste, signé par Neuberg, sur L'insurrection armée, qui était loin, par sa reliure parfaite, des vieilles brochures de l'OMLE.

Début 1976, on commença une vaste campagne de vente de Gaceta Roja. Les militants et les sympathisants allèrent aux portes des usines, dans les quartiers ouvriers, aux métros et aux autobus avec leur colis de journaux sous le bras. De grandes affiches avec le texte Lis et diffuses Gaceta Roja -pour la première fois, on utilisa aussi la sérigraphie- annonçaient les points de vente. Ni les fusillades, ni les arrestations, ni les campagnes contre ni les délations des révisionnistes et d'autres groupes semblables ne purent éviter que Gaceta Roja devienne la publication la plus populaire parmi les ouvriers. L'appareil central éditait 3.000 exemplaires environ, plus 2.000 ou 3.000 autres environ édités par chaque appareil local et national avec les clichés fournis par le Centre.

Bandera Roja dépassa aux alentours de cette date les 1.500 exemplaires de tirage. Ce n'est pas un nombre considérable si nous comparons ce chiffre avec les tirages gigantesques de la presse fasciste, mais sa distribution se faisait exclusivement à travers les réseaux internes du Parti, et derrière chaque Bandera Roja édité il y avait un cercle de lecteurs qui discutait tous ses articles. C'est ainsi qu'on réussissait à multiplier les lecteurs et ce qui est encore plus important, à assurer l'influence de sa ligne politique et de son idéologie sur la classe ouvrière. Ces lecteurs étaient ceux qui vraiment multipliaient le tirage de Bandera Roja, en défendant parmi les leurs la Ligne du Parti.

En raison des événements de Vitoria, on diffusa des milliards de tracts et d'affiches avec l'appel Chercher les armes et apprendre leur manœuvre et on édita un numéro extraordinaire de Gaceta Roja de 15.000 exemplaires. Peu après (le 18 juillet), nous publiâmes un nouveau numéro extraordinaire de Gaceta Roja contenant le premier communiqué des GRAPO. Et à l'occasion de la mort de Mao Zedong, Bandera Roja lança un numéro spécial. Les importantes résolutions du Ier Plénum du Comité Central du Parti furent éditées dans un supplément, en même temps qu'un livre contenant les œuvres Introduction aux luttes de classes en France, d'Engels, et La guerre de guérillas de Lénine; des textes classiques servant de fondement aux résolutions de ce Plénum sur le recours à la lutte armée dans les conditions d'Espagne.

4.4 Le prolétariat a désormais son avant-garde

La première tâche qu'aborda avec acharnement le Comité Central élu dans le Congrès fut son renforcement, incorporant d'autres militants - la plupart d'entre eux étaient des cadres ouvriers - aux tâches de direction.

Cet élargissement du Comité Central permit de créer deux nouvelles commissions spécialisées. L'une, responsable du travail de propagande qui incluait la rédaction, la confection, l'impression et la distribution. Tout un appareil complexe auquel se consacraient de nombreux militants du Parti. Une seconde commission était chargée du travail d'organisation: encadrement et transfert de militants, direction pratique quotidienne de toutes les organisations locales, etc. C'était la commission la plus forte, par le nombre de ses membres et elle comptait sur l'aide d'autres camarades, membres de plein droit du Comité Central, qui travaillaient dans les usines et les ateliers et qui jouissaient d'une grande influence et de prestige parmi les ouvriers. De cette façon la liaison de l'organisme dirigeant du Parti avec la base et les masses ouvrières restait assurée. La Commission Politique, plus restreinte, était responsable de superviser et de centraliser tout le travail de direction, en contact permanent avec les membres des autres commissions. Cette structure et son fonctionnement furent renforcés par l'élargissement du nombre des membres du Comité Central et par la formation d'une autre commission pour diriger le travail de masses.

Avec ces importantes mesures d'organisation, la Direction du Parti put prêter une plus grande attention et un plus grand engagement au travail syndical et pousser ses activités dans les organisations populaires de caractère démocratique.

Tant la Ligne politique que l'action du Parti furent bien accueillis, en général, dans les milieux ouvriers, en particulier, dans les secteurs les plus conscients, c'est-à-dire, dans ce prolétariat qui venait juste d'asséner le coup de grâce au syndicat fasciste avec son boycott des élections syndicales de juin 1975 et qui tournait le dos aux carrillistes partout. C'est pourquoi ils ne se doutèrent pas de s'approcher du Parti et de contribuer à la réalisation des tâches assignées au Ier Congrès. Notre Parti était une réalité que personne - et moins encore la réaction et sa police politique - ne pouvait ignorer.

Début décembre 1975, eut lieu la II réunion plénière du Comité Central. Ce fut la première réunion de la Direction de notre Parti après la mort de Franco quelques jours auparavant, c'est pourquoi l'ambiance de cette réunion fut euphorique. On devait y ajouter le rôle important joué par le Parti dans les événements politiques récents.

Le Plénum nota dans l'analyse de la situation politique que les nouvelles circonstances créées dans la vie du pays rendaient possible une action plus ample et plus ouverte parmi les masses. La défaite subie par le régime avait ouvert une voie ample au mouvement de masses et il n'y avait pas de force capable de le contenir. La classe ouvrière et d'autres secteurs populaires sortirent partout dans les rues exigeant des améliorations économiques et politiques face à la désorientation du Gouvernement et même des partis réformistes et sociaux-fascistes, qui ne purent les contrôler. Le Plénum mit l'accent en particulier sur les différents aspects du travail de masses, révisa la situation financière du Parti et finalement prit des mesures tendant à développer la lutte ouvrière et populaire contre le fascisme et les monopoles, à conquérir de la part des masses des améliorations économiques et sociales et à développer et renforcer le Parti.

Ce fut un Plénum de réaffirmation de la Ligne tracée par le Ier Congrès, d'une grande unité, de confiance dans nos forces et dans l'avenir de la cause ouvrière et populaire. Le Secrétaire Général présenta un rapport détaillé où il disait qu'après la défaite de la politique de conciliation, le fascisme avait tenté de contenir le mouvement ouvrier et populaire en déclenchant l'escalade de la terreur dont il se tira si mal. Nonobstant, le régime restait débout (34).

Franco avait légué à son royal successeur, désigné par lui-même au nom de l'oligarchie financière, les prisons, les lois, la police et l'armée. Tout cela destiné à maintenir le peuple exploité et opprimé. En plus, ils avaient réussi à surmonter la crise politique la plus difficile de leur longue existence, au milieu d'une des plus grandes vagues de lutte de classes enregistrées jusqu'alors dans notre pays: Nous ne nous étions jamais fait des illusions par rapport au ‘changement’, ni ne les avions semées -ajoutait le Rapport-, nous avons seulement fait confiance à la force des masses, à ce que, par leur lutte résolue, elles peuvent arracher à la bête fasciste acculée. Comme on l'a déjà démontré plusieurs fois, les classes exploiteuses et réactionnaires ne tiennent compte que de la force, seul le fait de ‘recevoir des coups les rend raisonnables’. Et la vérité c'est que, pour le moment, le mouvement ouvrier et populaire n'est pas suffisamment fort, n'est pas encore suffisamment organisé et éclairé, pour avoir davantage fait pencher la balance en sa faveur, en un moment où les autres conditions présentées sont très favorables.

Ensuite il relatait les causes pour lesquelles le fascisme n'avait pu juguler la crise. L'activité traîtresse des révisionnistes et d'autres groupes de laquais avait déconcerté beaucoup de personnes semant beaucoup d'illusions dans de larges secteurs des masses: Nous avons l'obligation de reconnaître ce fait et de dissiper les illusions. Pourtant, l'épée de Damoclès reste suspendue: on ne peut interpréter ce dénouement de la crise comme si les contradictions aiguës à son origine étaient déjà résolues. Au contraire. Les contradictions se poursuivent et s'accentueront de plus en plus. Pour cette raison, on peut dire que la crise n'est pas finie. Cependant, ce n'est déjà plus la même crise. C'est une autre crise qui commence maintenant, beaucoup plus profonde et étendue. Sans aucun doute, elle va toucher des secteurs beaucoup plus amples de la population. Il s'agit de la crise du fascisme et des illusions réformistes. On peut déjà imaginer le résultat prochain de cette crise: le régime ne pourra contenir d'aucune manière la vague révolutionnaire en progression.

C'était dans ce contexte qui on devait valoriser la portée historique énorme du Congrès reconstitutif du Parti. La classe ouvrière et les autres secteurs populaires comptaient sur une alternative politique claire et sur une force qui avait déjà démontré sa capacité d'orientation et sa volonté ferme d'être à la tête et de diriger la lutte. Si cela n'avait pas existé, la désorientation et la démoralisation se seraient emparées des masses et le fascisme serait sorti de la crise en chantant victoire. Cependant, il n'en était pas ainsi. Ils devaient être en alerte, malgré le triomphe relatif qui supposait la succession de Franco par le petit roi et la poursuite du régime implanté après la guerre. Le fascisme sortait très affaibli de sa crise du fait de la lutte croissante entre les différentes familles composant l'oligarchie, et châtré par le courageux mouvement de résistance à ses mesures terroristes. Ce mouvement de résistance avait créé un précédent, montrant la voie à suivre pour faire face à toute tentative nouvelle de la réaction de contenir l'avance du mouvement populaire par le crime légalisé et le terrorisme ouvert.

Dans le moment crucial de la crise que le pays avait traversé, nous avions défini notre appréciation sur son dénouement; maintenant, nous annoncions à nouveau que le fascisme reculait devant la lutte révolutionnaire de masses; il se repliait, mais il n'abandonnait pas sans lutte un seul pouce de terrain. Pour le renverser et le détruire, il faudrait un travail dur et une grande accumulation de forces. Toutefois, la réalité était qu'il avait visiblement reculé et qu'il était plus faible. C'est pourquoi le Rapport traçait le plan à suivre à l'avenir:

Le moment est arrivé de nous ouvrir aux masses, d'imprimer un grand élan à notre travail parmi elles, de nous occuper en détail de leurs problèmes actuels et d'étendre et de renforcer ainsi le Parti. Telle est l'orientation que nous devons donner à tout notre travail, sans craindre la répression de l'État ni la démagogie collaborationniste des agents de la bourgeoisie infiltrés dans les rangs ouvriers.

Cette situation et les mesures prises en accord avec elle répondent à la Ligne générale tracée par le Congrès du Parti et sont l'application pratique des décisions prises dans ce même sens au cours de la dernière réunion plénière de notre Comité Central.

Cela ne signifiait pas entrer dans la légalité et dans les institutions, comme l'avaient fait les révisionnistes, mais tout le contraire, il fallait renforcer la clandestinité du Parti, en particulier, de ses organes de direction. Cela continuait à être l'une de nos préoccupations principales. Néanmoins, nous le réussirions seulement en nous liant plus aux masses, en étendant et renforçant nos liens avec elles, développant partout le Parti; pas en nous mettant dans un trou. Nous n'étions pas encore en condition d'organiser les masses dans leurs luttes, mais on devait concentrer notre attention sur ce travail ample, pour passer ensuite à nous mettre à leur tête et les diriger. Si nous perdions de vue cette étape du développement où nous nous trouvions, si nous confondions nos désirs avec la réalité, nous nous écraserions contre un mur.

Juan Carlos Delgado de Codes, alors responsable de la Commission d'Organisation du Comité Central, présenta ensuite son Rapport, en exposant les expériences les plus importantes dans le travail d'organisation, notant qu'en ce moment, nous devions prêter beaucoup d'attention aux luttes revendicatives des travailleurs, pousser à la création d'organisations ouvrières syndicales liées au Parti, qui mèneraient à bien la préparation de ces luttes, qui élaboraient des plates-formes revendicatives unitaires, qui réaliseraient des assemblées, qui nommeraient des commissions de délégués, qui encourageraient les initiatives des masses et qui impulseraient des actions de tout genre contre l'exploitation et le syndicat des patrons. En dernier lieu, le Rapport disait: Nous devons développer une campagne de propagande et de prosélytisme ample, travailler avec les ouvriers les plus avancés et tenter de les incorporer au Parti.

Dans le Rapport sur le travail de propagande, on disait: Notre propagande est, en général, reconnue comme de grande qualité. Désormais, elle s'améliorera si nous savons refléter d'une manière vive la réalité et notre politique ferme, dont la justesse a déjà été démontrée par la pratique dans tous ses aspects fondamentaux. En revanche, la diffusion parmi les masses se fait avec de graves insuffisances et à un niveau bien moindre que les circonstances permettraient, et il faut y remédier.

Dans un autre paragraphe du Rapport, on mettait en évidence: Il faut entreprendre plus sérieusement le traitement de la question nationale, en étudiant les particularités de chacune d'elles [...] Il faut améliorer l'étude, planifier mieux le travail et élargir au maximum la diffusion de nos matériaux.

Pour développer le travail parmi les masses, le Comité Central décida d'envoyer plusieurs cadres dans leurs lieux d'origine et de réaliser une campagne de propagande large et étendue. De cette façon, on laissa le terrain mieux préparé pour impulser le travail d'organisation du Parti dans le but de créer un front commun de lutte qui en finisse définitivement avec le fascisme et le capitalisme en Espagne; l'activité du Parti connut depuis lors un grand élargissement partout, surtout à Madrid, en Catalogne et en Euskal Herria.

L'activité d'agitation et de propagande de l'organisation de Madrid fut constante durant tout ce temps. Les tracts du Parti paraissaient jour après jour dénonçant la mascarade réformiste du régime ainsi que les assassinats et les procès abrégés que le Gouvernement avait prévu. Cette ample activité politique du Parti se manifesta clairement lors des exécutions du 27 septembre 1975.

Devant cette orgie de sang, l'organisation de Madrid fit un appel à la grève générale, l'accompagnant de nombreux sabotages du métro et des autobus afin de paralyser les transports publics. Cet ensemble d'actions culmina le 1er octobre. L'activité fébrile des militants du Parti à Madrid se poursuivit pendant les grèves de la fin de cette année et le début 1976 et après, durant les mois de l'été et l'automne; avec abnégation le PCE(r) faisait face courageusement à la terreur fasciste et se situait dans les meilleures conditions pour prendre l'initiative dans le mouvement ouvrier et tirer le maximum de la crise où le régime se débattait.

Les tentatives des carrillistes et de leurs Commissions Ouvrières pour étouffer les grèves des métallos de décembre et de janvier ne donnèrent aucun résultat. Les grèves se généralisèrent partout, de Getafe à Alcalá d'Henares, et de CASA, John Deere et Uralita jusqu'à IBELSA, passant par Marconi. Chrysler, Pegaso; toute la zone industrielle, polygone après polygone, était en grève et le PCE(r) montrait sa présence partout. On arriva à vendre plus de 3.000 Gaceta Roja tous les quinze jours dans les usines, et devant les appels des révisionnistes et de leur Junte Démocratique à des processions pacifiques sur la Glorieta de Bilbao ou d'Atocha, le Parti organisa partout les assemblées, les commissions de délégués, la formation de piquets d'autodéfense et les manifestations dans les quartiers ouvriers; beaucoup d'entre elles, comme celles de Getafe et Villaverde, débouchèrent sur des affrontements avec la brigade antitrouble. Certains de ces piquets organisés par le Parti arrachèrent leurs armes à des policiers.

Tout ce mouvement de grèves et de manifestations de caractère révolutionnaire aura son épilogue, coïncidant avec les assassinats de Victoria, dans les grèves du bâtiment de février et mars, pendant lesquelles les membres du Parti et des Cercles du bâtiment arrêtèrent pratiquement toute la zone nord de Madrid. Certains de ces camarades furent arrêtés, et dans la prison de Carabanchel, ils ont failli casser la figure à Camacho lors d'une réunion qu'ils avaient convoquée pour informer des luttes, et où ce pope des CCOO fit acte de présence avec ses sermons conciliateurs.

En Catalogne, bien que jusqu'alors l'influence du Parti parmi les ouvriers n'ait pas atteint l'extension et la profondeur de Madrid, de Galice, ou d'Andalousie, le résultat le plus immédiat de son travail fut l'intégration de nombreux militants provenant du secteur le plus conscient du prolétariat catalan dans l'OMLE. Début 1975 étaient créés les noyaux principaux de l'OMLE en Catalogne, c'est pourquoi, quand eut lieu le Congrès reconstitutif du Parti, nous comptions déjà sur une large base organisée dans cette nationalité. Le grand travail d'organisation mené à bien par Martín Luna était si enraciné que la police ne put jamais rompre les liens qu'il créa avec la classe ouvrière de Catalogne.

Délégué par Valence au Congrès, José Vicente Artigues Fornés passa au Comité National de Catalogne, poursuivant le travail commencé par Martín Luna. Peu de temps après être entré dans l'organisation de Catalogne, Artigues commença à réaliser un travail de parti efficace. Un comité du Parti était déjà créé au Baix Llobregat, qui, en plus de diriger les cellules d'Hospitalet, comprenait le polygone de la Zone Franche -SEAT en particulier- et des usines telles que Corberó et Siemens. À son tour, le comité de Santa Coloma fut renforcé par de nouveaux membres qui élargirent leur travail à Badalona et Sant Adriá del Besós. Ce comité basaa son activité sur des usines telles que Frigo, Hispano Olivetti et Motor Ibérica. L'organisation du Parti s'étendit aussi à Tarragone, où existait auparavant un noyau de sympathisants organisé parmi les ouvriers.

À Sabadell nous prîmes contact avec un groupe de travailleurs du textile qui avait rompu avec le PCE(m-l). Fin 1975, dans cette ville, il y avait déjà un noyau organisé important qui dirigeait les cellules du Parti dans Unidad Hermética, dans l'usine Roca de Sabadell et dans plusieurs entreprises textiles; l'organisation du Parti devint forte dans l'un des quartiers les plus populeux de cette ville (Can Oriac) où un nombreux groupe de jeunes, très actif, ne perdait pas l'occasion de dénoncer les abus et les crimes du patronat et du Gouvernement.

En Catalogne, comme partout en Espagne, le PCE(r) fit une intense campagne de dénonciation contre les exécutions de septembre. Dans cette campagne, et pendant tout l'été de la terreur, l'organisation nationale du Parti fit des appels à la lutte contre la répression et éleva le moral combatif des travailleurs.

Le résultat de toutes ces luttes et du rôle de notre Parti, fut la création peu de temps après d'un comité local à Sabadell et une autre de plus dans l'usine de Roca.

En octobre 1976, furent arrêtés de nombreux militants du Parti en Catalogne. Aux alentours de cette même date, le 21 octobre, fut assassiné José Vicente Artigues Fornés. Avec lui, le Parti perdait l'un des cadres les plus efficaces et les plus combatifs, comme il l'avait démontré dans son court, mais intense travail à la tête de l'organisation du PCE(r) en Catalogne. Avec ces arrestations, le Parti resta affaibli dans la nationalité, mais bientôt le Comité National fut réorganisé et son travail se poursuivit, comme le mettrait bientôt en évidence la grève de Roca fin 1976 et début 1977.

SEAT est un exemple notable et capital, qui démontre l'influence du Parti parmi le prolétariat de Catalogne. Les efforts du Parti pour pénétrer dans les usines avaient été constants. Déjà depuis ses débuts, le Comité National se fixa la tâche principale de resserrer ses liens avec les ouvriers de SEAT, puisque c'était l'usine la plus importante de Catalogne (18.000 ouvriers). Pendant longtemps un travail systématique de propagande et d'agitation fut réalisé autour de cette usine. Tous les contacts étaient utilisés à cette fin; on envoyait des piquets une fois par semaine distribuer des tracts et de la propagande aux entrées, dans les bus, dans les logements des ouvriers. On arriva de cette façon à établir des liens avec quelques-uns, qui commencèrent à recevoir régulièrement la presse et d'autres matériaux de propagande du Parti. Ce travail long et persistant donna ses fruits avec la consolidation des premiers cercles de sympathisants du Parti à l'intérieur de l'usine. Il n'y a déjà plus besoin d'aller aux portes de l'usine vendre Gaceta Roja, on commence à faire de l'agitation à l'intérieur des ateliers, on y vend la Gaceta Roja et les tracts passent de main en main; et un jour apparaissent les affichettes exigeant la libération des camarades détenus collées sur les chaînes de montage.

Quelque chose de pareil arriva en Euskal Herria. Déjà du temps de l'OMLE nous consacrons la consigne Euskal Herria indique le chemin, mais après le Congrès le Parti la popularisa massivement. La consigne elle-même incluait deux réalités complémentaires: l'une, sans doute la principale, c'est le niveau des combats livrés par le prolétariat et le peuple basque avant 1975 et dans les années suivantes; la résistance armée des indépendantistes basques et les mobilisations de masses furent un exemple à suivre par tous et une leçon que le Parti s'acharna à inculquer depuis le premier moment à la classe ouvrière, là où ses hommes travaillaient ou arrivait sa propagande. La deuxième réalité que la consigne enferme est la solidarité avec Euskal Herria du mouvement antifasciste dont le Parti était à la tête partout en Espagne, et qui empêcha ces années-là l'État d'isoler et de supprimer, liées comme elles étaient, la lutte nationale du peuple basque et la résistance du prolétariat à ses plans d'exploitation et d'oppression, bien qu'il le tenta à plusieurs reprises.

L'une des fins des décrets spéciaux de l'été 1975 était justement de casser la résistance en Euskal Herria.

L'objectif fondamental de ces décrets fut de rendre le coup que la classe ouvrière avait assené au régime avec le boycott massif des élections syndicales de juin, boycott qui fut imposé bien que les carrillistes et tous les groupes opportunistes se soient engagés dans la campagne électorale jusqu'au cou. Avec la campagne déployée par notre Parti contre les procès abrégés et avec sa lutte décidée sur tous les fronts contre le fascisme, il gagna la confiance de plus en plus secteurs du prolétariat en Euskal Herria. Dans la campagne de boycott des élections syndicales, on avait fait sentir le travail du Parti. Les ouvriers qui travaillaient dans la construction de Petronor avaient décidé en assemblée de ne pas même permettre que les élections y aient lieu, suivant la proposition des camarades du Parti; c'était la seule grande usine de la zone où le boycott de la farce électorale fut mené jusqu'aux dernières conséquences.

Pourtant, ce fut parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Lemóniz, dont les travaux commençaient alors, là où la politique du PCE(r) eut une plus grande incidence. La construction de la centrale nucléaire attira dès le premier moment l'attention du Comité National de notre Parti, compte tenu la grande concentration d'ouvriers (5.000) qu'exigeait un si grand projet, mais surtout, parce qu'il fallait entreprendre l'opposition à la centrale depuis la base et parmi les ouvriers qui allaient la construire. Donc, depuis le début y travaillèrent quelques militants du Parti et de nombreux camarades qui avaient construit Petronor. Les exécutions du 27 septembre 1975 marquèrent le point culminant de l'été de la terreur et partout le Parti donna la réponse que lui permirent ses forces organisées; Lemóniz fut en grève et, contre les recommandations des laquais révisionnistes de cacher les motifs de leur grève, tout le monde sut que Lemóniz avait arrêté le travail en solidarité avec les antifascistes et les indépendantistes assassinés.

La répression déclenchée fit passer des dizaines d'ouvriers par les casernes de la Garde Civile. Un bon groupe d'entre eux, parmi lesquels se trouvaient quelques militants du Parti, fut incarcéré dans la prison de Basauri, où ils restèrent enfermés quelques mois.

La situation d'effervescence que le mouvement de masses et les luttes de classes atteignaient en Euskal Herria exigeait un effort considérable de la jeune organisation du Parti dans cette nationalité. Le Comité Central y envoya, pour renforcer le travail d'organisation, un cadre bien chevronné dans le travail de masses: Juan Martín Luna qui, tout de suite, commença à travailler dans les chantiers navals d'Euskalduna. Fin 1975, et au milieu de la progression du mouvement gréviste partout dans l'État, Martín Luna, récemment arrivé, répète en Euskalduna son expérience de l'hôtel Hilton de Barcelone. S'appuyant sur le mécontentement des intérimaires, lance la grève. Tout de suite, l'assemblée est convoquée et rompt avec les délégués syndicaux, on dénonce la politique d'abandon des réformistes et on fait appel à l'unité de toutes les intérimaires et à étendre la lutte aux chantiers navals sous une plateforme unique. Depuis lors, les intérimaires vont jouer aussi, comme à Lemóniz, un rôle fondamental dans la mobilisation de la ria du Nervión durant les luttes de masses des années suivantes.

L'organisation du Parti était plus développée alors à La Naval qu'à Euskalduna, ce qui permit à cette organisation, avec le soutien des délégués d'Euskalduna de promouvoir des assemblées. L'unité des intérimaires des chantiers navals principaux devint réalité pour la première fois. L'esprit de solidarité triompha et l'unité atteinte fut un exemple pour tous les travailleurs. La grève continua durant un mois et demi, l'assemblée fut permanente, les piquets d'information s'étendirent et la solidarité arriva de toutes parts. Plusieurs manifestations eurent lieu à Sestao et à Barakaldo et depuis Euskalduna on coupa jour après jour le pont de Deusto.

Des améliorations importantes furent obtenues par cette grève et le prestige du Parti augmenta parmi les ouvriers. Tout au contraire, pendant la grève, les Commissions Ouvrières de La Naval s'étaient pratiquement désintégrées et un groupe nombreux de leurs adhérents s'engagea dans le PCE(r). Ce fut le fait le plus significatif du travail politique développé par les camarades parmi les ouvriers au cours de ces luttes.

À la suite de cette série de mobilisations et de son activité constante, le Parti fut consolidé là où il avait déjà des racines, comme dans la zone de Las Enkartaciones, et étendit son organisation à Babcock Wilcox, General Eléctrica, Artiach, et a un grand nombre de petites entreprises.

Ces années-là, Lemóniz fut un cas singulier de lutte et de résistance ouvrière pour beaucoup de raisons, dont il faut juste détacher le travail développé là par le Parti. Les hommes qui avaient fait face à la répression durant les grèves de l'été 1975 appartenaient au Parti, de là partait son influence dans la centrale nucléaire. Ceux qui avaient subi des représailles alors furent cause de manifestations constantes dans les mois suivants, jusqu'à ce qu'ils soient libérés et réadmis dans leur poste de travail pour tenter de calmer la situation créée.

Le Parti était partout, la propagande circulait partout dans la centrale, et les méthodes de lutte qu'il préconisait étaient acceptées par la plupart des ouvriers. Ainsi, il fut possible d'expulser de la centrale nucléaire, d'abord les verticalistes et ensuite les syndicats jaunes et les petites casernes d'entreprise (*). L'assemblée était convoquée presque au son de cloche, les commissions de délégués étaient la seule représentation admise. Les luttes revendicatives furent constantes ainsi que les sabotages de la production -en plus des actions d'ETA, toujours favorisées par les ouvriers-. Ils atteignirent une telle magnitude que lorsqu'arriva l'heure des essais pas un seul mètre de tuyau, ni un câble de l'installation électrique ne fonctionnaient; et réparer ces sabotages permettait d'en réaliser d'autres. Tout était fait malgré les compagnies de la Garde Civile occupant la centrale.

De cette façon Lemóniz s'écroulait tandis que son personnel devenait le fer de lance du mouvement ouvrier de la ria du Nervión. Les assassinats de la police trouvèrent toujours réponse à Lemóniz, comme la solidarité avec Vitoria, les luttes pour l'amnistie, etc. Dix ouvriers arrêtaient le travail de cinq milles et cinq milles de toute la Bizkaia. Lemóniz devint un point de référence pour tous.

L'activité du PCE(r) durant ces années de grandes convulsions sociales ne se limita pas à Lemóniz. Alors qu'en mars 1976, la police mitraillait les ouvriers de Forjas de Vitoria, des militants du Parti se trouvaient parmi eux et envoyèrent un rapport qui fut édité tout de suite dans un numéro spécial de Gaceta Roja qui arriva partout, se consacrant le Parti à la solidarité avec les ouvriers massacrés.

Ces journées de luttes marquèrent pour la vie plusieurs jeunes Basques et les engagèrent définitivement dans la révolution, comme Gregorio Fernández Riaño, assassiné par la Garde Civile en 1979 ou Valentín Benito, mort à Saragosse en 1995.

À cette même époque furent établies les bases d'une nouvelle organisation du Parti dans les bassins miniers de Léon et d'Asturies. Depuis 1974, on avait commencé à diffuser notre propagande à Villaseca de Laciana. Après, quelques militants du Parti de l'organisation de Catalogne consolidèrent un cercle de lecture ample dans toute la zone minière, de façon que notre Parti gagne petit à petit la sympathie des vieux combattants des mines et de la jeunesse la plus combative.

La régularité de ce travail de propagande permit de sortir de Villaseca un bon nombre de militants pour renforcer le travail politique dans d'autres localités et étendre l'influence du Parti à Ponferrada, à Bembivre, à Avilés, etc.

Toutefois, ce fut fin 1976 qu'on mi l'accent avec plus de force sur le travail politique parmi le prolétariat asturien. Quelques militants furent envoyés par la Direction du Parti dans cette région. L'objectif le plus immédiat fut de créer une forte organisation du Parti dans cette zone, ce qu'il ne fut pas difficile à commencer compte tenu les traditions révolutionnaires et de la haute conscience de classe du prolétariat de la région.Après une agitation intense et la vente de Gaceta Roja devant la porte des usines et des mines, ils établirent plusieurs contacts avec des ouvriers d'Avilés, de Gijón et des bassins miniers du Nalón et du Caudal. De cette façon, les premiers cercles de sympathisants de notre Parti furent créés dans des entreprises comme Ensidesa, Constructora Gijonesa, dans les puits Tres Amigos et El Entrego. Lors les luttes de mars 1976 qui eurent lieu dans ce dernier puits, notre Parti était déjà présent parmi les mineurs.

Le PCE(r) comptait alors sur des militants et des sympathisants dont le prestige était reconnu parmi les ouvriers asturiens, et on procéda à la création du Comité Régional d'Asturies-Léon

4.5 Apprendre la manœuvre des armes

À son époque, déjà l'OMLE avait lancé des appels à chercher les armes et apprendre leur maniement (35). Toutefois, ce genre de déclaration deviendra plus fréquent à l'avenir et non seulement comme un appel abstrait, sinon que seront nombreux les militants entreprenant ce chemin, quelques-uns des plus qualifiés: Nous, communistes, nous ne voulons pas la violence. Pourtant, on nous impose la violence, comme on l'impose à tout le peuple [...] Les fascistes peuvent nous exploiter, nous escroquer, nous priver de droit et de liberté, nous assassiner et nous dépecer dès que nous nous rebellons [...] En revanche, le terrorisme fasciste est une cause sainte, qu'ils soutiennent et cachent comme ils peuvent. Seul lorsque cela n'est déjà plus possible, ils lèvent leurs voix pour 'condamner toute violence', en attaquant et calomniant la lutte du peuple.

Cependant, ce fut dans l'article d'Arenas Le point de virage, publié dans Bandera Roja de novembre 1975, que commença à prendre corps la thèse de la combinaison des méthodes de lutte, y compris la lutte armée, qui façonnèrent le mouvement de résistance:

Du boycott systématique du régime, de ses institutions et de ses farces 'électorales', les masses ouvrières et populaires sont en train d'en venir aux actions politiques de plus en plus résolues. Bien qu'interdites et punies durement par les lois terroristes du fascisme, les grèves et autres formes de solidarité augmentent jour après jour. Le peuple ne se conforme pas à la situation qu'il subit et se rebelle partout. Le boycott du régime en combinaison avec les luttes résolues a provoqué la banqueroute révisionniste et ledit ‘vide de pouvoir’ qu'ils ne savent pas comment remplir. De la démagogie ils passent à la terreur ouverte, de la terreur ils vont à la démagogie. Ainsi successivement jusqu'à ce que le peuple, la classe ouvrière en tête, en finisse avec eux.

Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant cette réalité. Comment doit-on organiser, orienter et être à la tête des luttes? En faisant des appels à sortir à la ‘légalité’, en préconisant la ‘participation’ et le ‘pacifisme’? Ou en faisant tout notre possible afin que ces formes de lutte révolutionnaire que les masses pratiquent, en grande partie d'une façon spontanée, deviennent un ample mouvement conscient et organisé? Pour nous, il n'a aucun doute sur le choix. Certes, ce n'est pas un chemin facile que nous avons choisi. Pourtant, c'est le seul qui conduit à la liberté. C'est ce que nous appelons ‘pousser à la résistance active’: être contre la ‘participation’, isoler le régime, nous défendre de ses coups de griffe criminels, le frapper partout jusqu'à son renversement. Devenir un mouvement de masses vraiment populaire, conscient et organisé, c'est notre objectif principal.

Au contre, les opportunistes s'unissaient au régime dans la condamnation de la lutte populaire, et bien sûr, de la lutte guérillera. La position de notre Parti a toujours été différente:
Nous sommes en désaccord avec les actes anarchistes et aventuriers, qui nuisent en particulier à ceux qui les réalisent. Pourtant, nous ne pouvons condamner tout genre de violence, mais seulement la violence fasciste, contre-révolutionnaire. Nous ne sommes pas anarchistes. Nous ne sommes pas non plus pacifistes et nous devons considérer que le ‘pacifisme’, alors que se sont commis les crimes les plus terribles contre les masses, fait cent fois plus de dommage au mouvement populaire que les actes anarchistes. Cela doit rester bien établi.

Par ailleurs, si la réaction oppose la violence criminelle à l'avance ouvrière et populaire, on ne doit pas hésiter à recourir à la violence organisée et liée au mouvement de masses pour défendre nos conquêtes. Pour cela on doit être préparé, ne pas improviser, passer avec agilité de la lutte pacifique à une autre non pacifique, ou les combiner. Comment sinon se défendre de la terreur et des crimes fascistes? En faisant des appels au ‘bon sens’ et à la ‘conciliation’?

Quand les fascistes ont-ils entendu ces choses ou les appels ‘humanitaires’? N'est-ce pas eux qui proclamèrent la rigueur de la ‘dialectique des pistolets’, même lorsqu'ils jouissaient de plus de privilèges et de liberté que personne d'autre? La terreur et les crimes fascistes ne sont pas dirigés seulement contre lesdits ‘terroristes’. Sous prétexte de la lutte contre la ‘minorité terroriste’, l'oligarchie financière tente de serrer encore plus la chaîne de l'exploitation mise autour du cou des travailleurs. C'est pourquoi, une fois surmontée la terreur logique des premiers moments, il n'a rien d'étrange à ce que les masses participent et soutiennent d'une façon de plus en plus active à la lutte de ceux qui les défendent vraiment.

Pour poursuivre le combat contre le fascisme, pour démonter ses manœuvres démagogiques et surtout pour défendre les conquêtes arrachées par la lutte de masses et promouvoir leur organisation, malgré sa difficulté il n'y avait pas d'autre chemin que celui qu'on avait entrepris. Nonobstant, le Parti avertissait alors nettement:
Opposer la résistance ne veut pas dire que nous renoncions à utiliser n'importe quelle possibilité de travail légal, ou que nous laissions entre les mains des opportunistes le drapeau de la lutte pour la conquête d'améliorations. C'est une chose bien différente que de tromper les masses en collaborant au changement d'image que le régime dessine.

On est en train de lever un rideau de fumée pour justifier les crimes fascistes avec les formes de condamnation du ‘terrorisme’ les plus diverses. Les assassins et les tortionnaires fascistes, les vaticanistes, les sociaux-démocrates, les révisionnistes et les autres opportunistes du même acabit se sont unis en une sainte alliance pour condamner le ‘terrorisme’, pour demander la clémence pour les vrais terroristes et bourreaux et pour discréditer la lutte résolue, révolutionnaire, du peuple. Ils ont constaté que tant le crime ouvert que les suppliques et les palabres conciliatrices ne les servent pas, qu'ils sont incapables de contenir la colère et la lutte populaire, et c'est pourquoi maintenant, avec le plus grand cynisme du monde, en même temps qu'ils tentent de bénéficier cette lutte, utilisant les masses, ils tentent aussi de la discréditer l'accusant de ‘terroriste’. Il est clair qu'ils ne cherchent pas autre chose que perpétuer l'oppression et l'exploitation sous des formes différentes. Tel est le sens de leurs chants à la ‘nouvelle aurore’ (une aurore teinte du sang des meilleurs fils du peuple) et de leurs condamnations du ‘terrorisme’ et de ‘toute sorte de violence’. Cependant, nous savons bien, malgré son déguisement, l'État que toute cette racaille veut sauver n'est que la violence organisée de la bourgeoisie contre la classe ouvrière et les autres secteurs populaires.

Le seul recours que laisse la terreur ouverte du régime du capitalisme financier, la seule politique possible pour leur faire face, c'est la lutte résolue en employant toutes les armes à notre portée et en les combinant. Seule cette lutte avait acculé le régime, et pas les montages de l'opposition: comment osent-ils s'attribuer la victoire populaire les lâches et les calomniateurs? (36).

Dans le premier Conseil dea ministres présidé par le Bobón (jeu de mots entre Borbón, nom de famille de la monarchie espagnole et le grand sot) on approuva un décret de gel des salaires. Le lendemain, le 16 novembre 1975, 11.000 travailleurs de Standard de Madrid se mirent en grève contre cette mesure gouvernementale. Ce fut le commencement de cette vague de grèves dont nous avons parlé à maintes reprises auparavant. Le 25 janvier 1976, on convoqua une manifestation à Madrid pour l'amnistie. Malgré le grand déploiement policier réalisé, plus de 40.000 personnes réussirent à se réunir.

En février de la même année, commencèrent à Elda les grèves des travailleurs de la chaussure, qui pratiquement mobilisèrent toute la population. Le 13 du même mois, le Gouvernement déploya une vaste opération dans la ville et ordonna de charger contre les travailleurs qui se défendirent en érigeant des barricades. Le lendemain, le peuple fut convoqué à une manifestation contre l'action policière. La manifestation fut encore plus sauvagement réprimée que la veille. La police tira contre les manifestants et assassina un travailleur âgé de 20 ans. Après cet assassinat la grève générale fut déclarée dans la contrée. Elda et Petrel restèrent complètement paralysés, les transports, le commerce, etc. se joignant à la lutte.

Le 25 février les maîtres de l'Éducation générale basique (EGB) menèrent une grève qui s'étendit à vingt et une provinces et qui toucha plus de 30.000 professeurs. Peu après ce sera les transporteurs qui feront la grève à cause de l'augmentation des impôts de circulation et par d'autres motifs; la grève toucha presque toute l'Espagne. Les conducteurs et les petits propriétaires de camions paralysèrent les transports routiers et formèrent des piquets pour crever les pneus des camions des grandes entreprises et pour punir les briseurs de grève, qui durent recourir à la protection de la Garde Civile.

Au mois mars 1976, éclata aussi la grève générale de Sabadell, après la charge réalisée par la police contre une manifestation de femmes et d'enfants, blessant quelques-uns d'entre eux. Pendant quatre jours se produisirent des chocs et des affrontements entre les ouvriers et la police, la ville resta paralysée et couverte de barricades. Chaque jour les ouvriers tenaient des assemblées massives pour poursuivre le combat.

Ce même mois de mars, le 25, après 63 jours de grève, eut lieu le procès pour le licenciement de 450 ouvriers de l'entreprise Terpel de Madrid. Ce procès devint un scandale lorsque le juge suspendit la cause en se rendant compte que les travailleurs allaient la gagner. L'indignation des assistants au procès fut telle, qu'ils arrivèrent à casser la salle et s'en prirent aux représentants de l'entreprise. C'était la première fois que les ouvriers cassaient une salle des tribunaux fascistes.

Dans ce contexte, survint le massacre de Gasteiz (Vitoria), l'événement le plus significatif de la situation d'alors. Le 3 mars 1976 quatre ouvriers furent assassinés lorsque la police tira des coups de feu contre les travailleurs concentrés dans l'église de San Francisco.

Le conflit avait commencé deux mois avant à cause du refus de l'entreprise d'Álava à négocier l'accord collectif avec les commissions de délégués élues en assemblée d'usines en marge de l'organisation syndicale. Le bilan de la répression policière du 3 mars fut de quatre morts et plus de 70 blessés par balle, plusieurs grièvement, l'un d'entre eux mourut quelques jours après. Plus de 160.000 personnes suivirent les funérailles des ouvriers assassinés, pratiquement toute la Vitoria ouvrière et antifasciste. La ville resta paralysée et fut occupée par la Garde Civile et la Police armée. Juste après le massacre, toute la zone industrielle de Bilbao arrêta le travail en solidarité, les ouvriers manifestant pour montrer leur indignation et leur protestation contre les crimes du Gouvernement. Au cours d'une de ces manifestations, le 8 mars, le jeune Vicente Antonio Ferrer fut assassiné par la Garde Civile.

En raison de ce massacre, la Commission Politique de notre Parti diffusa le 10 mars 1976, dans un numéro extraordinaire de Bandera Roja, une longue déclaration intitulée « Le procès révolutionnaire s'est ouvert », où on réaffirmait que la crise du régime fasciste avait touché le fond que la réforme s'était démasquée aux yeux des ouvriers et qu'il fallait y ajouter la crise des groupes réformistes, qui avaient épuisé leur faible crédibilité.

Avec la réforme, le régime tentait de cacher les reculs qu'il était obligé de faire face à la vague de luttes, il restait encore plus isolé qu'auparavant, ce qui l'avait conduit à des épreuves de force continues pour tenter de faire peur aux masses et de reprendre l'initiative. Néanmoins, le mouvement s'était étendu et radicalisé jusqu'à le renvoyer dans les cordes. Le fascisme reculait donnant des coups de gifles criminels, et il allait reculer plus encore. Pourtant, l'expérience démontre que le fascisme ne lâche rien sans lutte, qu'il n'abandonne pas un seul pouce de terrain sans opposer une résistance féroce. La déclaration préconise d'avancer sur la base des méthodes de lutte dont le succès avait fait leurs preuves:

Les luttes déclenchées ne sont pas accidentelles ni isolées, mais le signe du début d'un mouvement insurrectionnel ample et prolongé latent depuis quelque temps dans tout le pays, et il démontre que les conditions pour la révolution ont beaucoup mûri dans ces deux dernières années.

Les masses devancent ceux qui disent être leurs dirigeants et elles montrent le chemin. Les consignes des assemblées, des commissions, de la solidarité, des manifestations, etc. ne sont plus suffisantes. Maintenant, il faut appeler à chercher des armes et à apprendre à les manœuvrer. On est en train de démontrer une fois de plus que les grèves générales révolutionnaires conduisent aux affrontements armés avec les forces répressives et à l'insurrection. Notre devoir de communistes consiste à préparer cette insurrection et à encourager les masses à poursuivre le chemin de la victoire et pas celui de l'abandon que proposent les conciliateurs traîtres à la classe ouvrière et à la cause [...] Seule l'insurrection armée populaire - où on arrivera par la combinaison des grèves générales politiques avec la lutte armée de masses - et la formation sur cette base d'un Gouvernement Provisoire Démocratique Révolutionnaire permettra aux travailleurs de reconquérir leur liberté perdue et tous les droits que les fascistes leur ont arrachés.

Ladite transition s'ouvrait avec le mouvement de grève le plus ample de la sanguinaire histoire du régime.

Pendant les mois janvier, février et mars 1976 se produisirent dans tout le pays 17.734 grèves, c'est-à-dire, 14.678 grèves de plus que l'année précédente; et le nombre d'heures perdues passa de 14 millions en 1975 à 150 millions en 1976. Les zones les plus touchées par le mouvement de masses étaient Barcelone, Madrid, Bilbao et les Asturies. En 1977, le nombre de journées perdues pour fait de grève par travailleur employé fut en Espagne neuf fois supérieur à celui de la France et l'année suivante, plus de dix fois supérieur. Ce niveau de conflits sociaux si important contraste avec le haut niveau de consensus politique atteint dans cette période (37).

Donc, ce qui caractérisa nettement toute l'étape de transition politique, ce fut cet essor du mouvement ouvrier, è tel point qu'il y eut de moments où il menaça de renverser le régime exploiteur pourri. Il est évident que, dans ce cadre, les contradictions entre les différentes représentants de la transition étaient fort secondaires parce qu'elles concernaient le "comment" et pas le fond même de la réforme. Toutefois, ce ne sont pas eux les protagonistes, loin de là !, de la transition, ils auront beau tenter de nous faire croire le contraire. Les seuls protagonistes furent les masses ouvrières qui, avec leurs luttes étaient à l'offensive.

L'une de ces grandes figures, qui à la longue éclipsera toutes les autres, est Juan Carlos de Borbón. Usurpateur des attributs de la Couronne, imposé par Franco, le roi joua fidèlement le rôle que lui assignait l'oligarchie financière, soutenu à chaque pas par les chefs militaires les plus hauts. Le monarque aimait à s'entourer de sujets obscurs capables d'exécuter leur rôle de marionnettes docilement. Pourtant, à la mort de Franco, le roi se trouva avec Arias Navarro, un petit personnage gris, qui ne méritait aucune confiance, et que la lutte de masses avait envoyé dans les cordes. Arias Navarro n'était pas soumis au roi, il ne fut pas nommé par le roi et il ne démissionna pas non plus. Il s'agissait d'un personnage sinistre, procureur militaire dans l'après-guerre, lié à la bureaucratie fasciste et à la répression.

La politique de démocratie limitée et octroyée que tenta de mener le bourreau Arias Navarro dans les derniers mois de son Gouvernement s'effondra à cause des coups de la guérilla populaire et de l'extraordinaire mouvement révolutionnaire des masses ouvrières qui suivit de ces actions de la guérilla. L'objectif d'Arias Navarro était d'établir, sous contrôle, une forme de pluralisme restreint et de convoquer une pantomime d'élections pour continuer avec les mêmes lois fondamentales du régime.

Le roi lui substitua un autre personnage de la même facture, Adolfo Suárez, issu aussi du fonds le plus obscur de la Phalange. Suárez fut nommé Président du Gouvernement le 3 juillet 1976. Son curriculum était convenable; il s'agissait d'un homme de l'ancienne école qui comptait, d'ailleurs, sur la confiance de l'Armée, vrai garant de la réforme.

Les assassinats de Gasteiz (Vitoria) furent ordonnés précisément par Suárez qui était alors ministre chargé de l'Intérieur en remplacement de Fraga, son titulaire, en voyage en Europe.

L'opposition domestiquée fut déçue de cette nomination: l'hebdomadaire Cuadernos para el Diálogo intitula son numéro d'alors L'éteignoir, avec une couverture en noir où on incluait une petite photo d'identité de Suárez.

Le rôle de Suárez dans la réforme fut de sortir le régime de l'impasse où Arias Navarro l'avait mis. Dans le camp bourgeois, c'était l'opposition domestiquée qui tenait l'initiative jusqu'alors et qui donnait les consignes, contribuant à discréditer le Gouvernement. Avec Suárez à la tête, c'est le Gouvernement qui donne le rythme et c'est l'opposition qui est obligée de passer par le guichet, pour mendier sa légalisation et applaudir les initiatives de Suárez et des siens. À la différence d'Arias Navarro, qui emmena au Gouvernement les fantoches du régime (Fraga, Areilza, Cabanillas), Suárez commença à s'entourer de ministres taillés à sa mesure, des acteurs secondaires dans un film à un haut budget, prêts à lire d'une façon monocorde le scénario qu'on leur mit entre les mains.

Les ministres principaux de Suárez n'étaient que des seconds rôles obscurs du régime (on les appela le Gouvernement des sous-secrétaires). Suárez lui-même se définit comme un sergent en politique. Cela dit, tous étaient monarchistes (en particulier, le vice-président Osorio, provenant du corps des assesseurs militaires), en même temps que des personnages étroitement liés à l'oligarchie financière. Avec ce personnel, le régime prétendit récupérer l'initiative.

La nomination de Suárez fut fondamentalement l'œuvre du roi qui, lui-même, tint toujours compte de l'opinion des militaires dans ses décisions. Suárez était donc une marionnette des militaires. Le projet de réforme fasciste ne fut pas négocié, pas même discuté, avec l'opposition domestiquée, obligée d'avaler ce qu'on l'offrait; en revanche, il fut discuté avec les 29 plus hauts chefs militaires.

À partir de l'entrée de Suárez dans le Gouvernement, cette même politique va être objet de certaines retouches, commençant ainsi l'ère réformiste. Le suarisme fut une variante nouvelle, une adaptation du fascisme aux nouvelles conditions de crise générale du système capitaliste et de l'avance irrépressible du mouvement révolutionnaire de masses en Espagne. Bandera Roja le définissait de cette façon en octobre 1977. Effectivement, le suarisme fut la forme politique adoptée par l'oligarchie financière espagnole devant la crise permanente que le régime subissait, une crise dont il tentait de sortir, alors que les méthodes traditionnelles de répression ne le servaient plus, en faisant usage d'une démagogie pseudo-démocratique nouvelle, mais sans vraiment rien changer. Pour rendre plus crédible cette farce, les monopoles devaient admettre les cliques réformistes et traîtresses à la cause ouvrière et populaire dans leur régime, pour y collaborer comme auxiliaires.

Le trait le plus significatif de cette forme de fascisme par rapport à l'antérieur est qu'il n'est pas si centralisé ou incarné dans une seule personne, mais qu'il a été institutionnalisé, qu'il a partagé les rôles et qu'il veut faire semblant d'une division des fonctions entre le pouvoir exécutif, le législatif et le judiciaire, alors qu'en réalité les mêmes oligarques de toujours continuent à détenir le pouvoir, alors que les décisions fondamentales continuent à être prises par les mêmes groupes oligarchiques de toujours, et alors que ces groupes continuent à gouverner avec les mêmes lois et les mêmes institutions qu'à l'époque de Franco. À ce sujet, il faut rappeler le fait, bien connu par ailleurs, que le Parlement nouveau commença sa comédie avec des applaudissements enthousiastes au monarque imposé par le Caudillo (le général Franco) et sa clique, et que son inauguration coïncida, et pas par hasard, avec la date qui commémore le soulèvement militaro-fasciste contre la République Démocratico-populaire et sans même annuler son caractère officiel le 18 juillet.

Les maîtres du pouvoir espéraient paralyser avec cette politique l'initiative du peuple travailleur, puisqu'ils comptaient sur le soutien des domestiqués, dont le contrat consistait, en échange de trente pièces, à contrôler les luttes ouvrières et populaires jusqu'à pratiquement les annuler. Toutefois, on trouve ici le noyau de la question, car si le suarisme n'avait pas réussi à résoudre la crise économique et politique du régime, en revanche il avait réussi à achever de démasquer les partis de l'opposition domestiquée, tous obligés de signer et d'applaudir l'inimaginable, ce qui avait contribué d'une façon décisive à leur presque totale perte d'influence parmi les masses, en particulier parmi les ouvriers. Comme le disait Bandera Roja en octobre 1977: Le suarisme répète en tout, avec quelques modifications de détail, le schéma politique prédominant ces derniers 40 ans. De façon qu'on peut imaginer ce qui va arriver dorénavant: que surviennent toutes les crises possibles dans la crise permanente où nous vivons, nous aurons le ‘suarisme’, avec ou sans Suárez, pour longtemps.

En mars 1976, s'était créée Coordination Démocratique, monstre né du mariage entre les réformistes et les secteurs évolutionnistes du régime, qui groupait libéraux, sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens, psoístes, carrillistes, de même que leurs respectives formations syndicales et d'autres partis sans importance. Dans ces formations étaient intégrés les partisans de l'ouverture qui représentaient les intérêts d'un secteur important de l'oligarchie et des transnationales.

Le PCE réussit alors à matérialiser sa politique de trocs avec les exploiteurs. Avec la permission de la police, Carrillo habitait à Madrid dans un chalet de luxe à El Viso depuis le 7 février 1976, seulement quatre mois après les exécutions de cinq antifascistes. Il continua les contacts avec les services secrets en Roumanie, d'un côté, et avec Suárez d'un autre côté, par le biais de quelques intermédiaires en France. En décembre, ils préparèrent la mise en scène de la détention, il fut transféré à l'hôpital pénitentiaire et ensuite il fut mis en liberté. Début 1977, alors que la police massacrait les manifestants à Madrid, avait déjà eu lieu un entretien direct entre Suárez et Carrillo, où Suárez exigea trois conditions que le PCE accepta avec joie:

— Changement des Statuts du Parti
— Respect de la monarchie
— Acceptation du drapeau fasciste comme symbole de l'unité d'Espagne.

Carrillo n'opposa aucun obstacle. Le PCE cessa de brandir le drapeau républicain et devant les huées généralisées de ses militants Carrillo dit: Ceux qui sifflent ne savent pas qu'il n'y a pas de couleur violette qui vaille une guerre civile entre les Espagnols. Ce fut le chantage permanent de la transition: accepter les miettes et collaborer avec le régime, ou sinon ils étaient prêts à déclencher une nouvelle guerre civile. Le général Gutiérrez Mellado, ministre du Gouvernement, négocia la légalisation du PCE avec les chefs d'État major des trois armes. Toutefois, les carrillistes se présentèrent ensuite comme des victimes, inventant une supposée opposition frontale des militaires à leur entrée dans la légalité.

La présentation à la société du PSOE fut encore plus éhontée. Dès le 19 octobre 1974, Felipe González accordait un entretien à El Correo de Andalucía pour expliquer le Congrès qui avait eu lieu à Suresnes. Sa première conférence de presse fut convoquée par les socialistes le 16 avril 1975. Franco occupait encore son fauteuil au Pardo. Toutefois, les conversations officielles avec le Gouvernement fasciste s'accélérèrent après le massacre de Vitoria. Le régime recourait aux domestiqués pour mettre un frein à l'essor du mouvement de masse et pas pour d'autres raisons.

En janvier 1977 commença la négociation publique de Suárez avec les réformistes, parmi lesquels Simón Sánchez Montero représentant le PCE, le seul parti encore non légalisé qui, cependant, négociait ouvertement avec le président du Gouvernement dans la commission des neuf.

La stratégie de rupture avec le régime suivie jusqu'alors pour la majorité de l'opposition domestiquée, intégrée dans la Coordination Démocratique, devint peu après sa constitution rupture négociée et plus tard, d'une façon déjà claire, abdication totale face à ceux qui soutenaient l'ancien régime. L'essor de la lutte de masses et des actions du mouvement armé les avait obligés d'abord à se grouper et ensuite à abandonner toute velléité de rupture. Notre Parti les qualifia d'opposition domestiquée, puisqu'en réalité ils ne constituèrent jamais un front de lutte contre le régime, mais une variété du régime lui-même. Le pouvoir resterait entre les mains de ceux qui l'avaient détenu durant presque 40 ans, c'est pourquoi ladite réforme démocratique n'allait être qu'un masque, derrière lequel ils tenteraient de cacher la permanence du fascisme sans Franco contre les exigences de vrais changements démocratiques que la classe ouvrière et d'autres larges secteurs populaires demandaient.

En même temps que le PCE menait à bien ses trocs et ses arrangements en coulisse, il poursuivit la pression pour se présenter comme un élément indispensable dans le maintien de l'ordre public (38).

On ne réforme -disait alors Arias Navarro- que ce qu'on souhaite garder. Ce fut sous cette condition qu'il abandonna le Gouvernement pour le laisser entre les mains sûres d'un Suárez qui, déjà comme Président, prolongeait le discours de celui-là avec les mots suivants: Le sens de la réforme (initiée par Arias Navarro) ne va pas changer, sinon la façon de la mettre en place. Il restait clair donc que le seul chemin accepté par les secteurs les plus récalcitrants du régime, compte tenu de la lâcheté démontrée de l'opposition domestiquée, n'était que le chemin réformiste, qui leur permettait de continuer à contrôler les ressorts fondamentaux du pouvoir économique et politique. N'importe quelle sorte de rupture fut rejetée, même la rupture pactisée.

Il était démontré qu'on ne pouvait continuer à tromper les masses avec des promesses, et que la répression pure et simple ne leur donnait plus aucun résultat. C'est pourquoi les banquiers, en accord avec l'Armée et les hauts hiérarques de l'Église, chargèrent Suárez d'élargir la base sociale du régime en permettant la légalisation des partis réformistes, en particulier le parti de Carrillo, qui s'était tant distingué par sa servilité et sa collaboration avec les oppresseurs. Cette intégration des carrillistes et des sociaux-fascistes du PSOE dans le régime sera la pièce clef pour camoufler la permanence des institutions fascistes comme le Parlement et le Tribunal d'Ordre Public, sous un autre nom. En conclusion de cette opération réformiste fut planifiée l'élaboration d'une Constitution frauduleuse qui consacra la monarchie, introduite par Franco, comme la forme d'État et qui préservait tous les intérêts et les privilèges économiques, politiques et sociaux des castes dominantes.

Toutefois, Suárez ne put jouir de sa charge longtemps: le 18 juillet les GRAPO firent éclater une quarantaine de bombes dans différents points du pays contre des monuments et des institutions fascistes. L'attaque toucha des installations situées à Vigo, Ferrol, Santiago, Bilbao, Barakaldo, Madrid, Barcelone, Cádiz, Séville et Valdepeñas. La résistance non seulement n'avait pas été liquidée par la nouvelle manœuvre politique suariste, mais va augmenter à partir de ce moment-là.

Ces actions guérilleras qui eurent une grande portée partout dans le pays, furent le complément nécessaire du mouvement de résistance des masses qui poursuivait son progrès. Pour la première fois les GRAPO (Groupes de Résistance Antifasciste Premier d'Octobre) sortirent à la lumière revendiquant cette chaîne d'explosions et les actions précédentes du 1er octobre 1975, date dont ils prirent le nom. Les explosifs éclatèrent le jour où on commémorait le soulèvement fasciste qui continuait d'être un jour férié officiel. Juste 40 ans après le début de la guerre civile, et deux semaines après l'investiture de Suárez, cette chaîne d'explosions de monuments et de reliques fascistes mettait à nu la continuité du régime créé par Franco. Alors, les GRAPO diffusèrent leur premier communiqué, faisant connaître la création de l'Organisation en même temps qu'ils dénonçaient la continuation du régime sous l'apparence d'une transition politique:

Notre peuple ne voulut ni ne veut la guerre. Cependant, avec la guerre il fut dépouillé de la liberté et des droits qu'il avait conquis et depuis les fascistes n'ont pas arrêté d'assassiner et de torturer afin de perpétuer leur régime d'exploitation.

Plus de 36 ans pendant lesquels les mensonges et la terreur se sont succédés, un temps suffisant pour comprendre que toutes leurs manœuvres ont pour seul objet de nous tromper pour que nous vacillions et acceptions pacifiquement leurs lois et leurs institutions, leur police et l'exploitation de plus en plus intense à laquelle ils nous soumettent.

Ces dernières années, les promesses de liberté et de démocratie ont augmenté, mais dès que les masses populaires ont imposé la vraie liberté et la vraie démocratie en luttant avec toutes les armes à leur portée, on a mis clairement à nu le vide de ces promesses; en réalité, ce sont le chômage et les prix, les charges de la police contre les manifestations ouvrières et populaires, les assassinats et les tortures, qui ont augmenté.

L'alternative qu'ils nous laissent es bien claire: ou nous cédons ou nous leur faisons face de la seule façon possible, avec les armes. C'est ainsi qu'on peut imposer la liberté de manifester, de s'organiser, de diffuser notre propagande; seulement de cette façon, nous retrouverons les droits qu'ils nous ont arraché par les armes.

Conséquents avec ces idées se sont formés des groupes d'antifascistes afin d'impulser la lutte révolutionnaire contre le fascisme. Durant un certain temps, nous nous sommes préparés à combattre les assassins du peuple. L'action principale fut réalisée à Madrid le 1er octobre de l'année dernière. Ce jour-là, en réponse à la campagne de répression que le fascisme avait déclenché et qui culmina avec l'assassinat des cinq antifascistes d'ETA et du FRAP (Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote), ont été exécutés quatre sbires de la police. Ce fut un coup très dur pour les fascistes, qui croyaient qu'ils pouvaient assassiner impunément, et trancha brusquement leur escalade répressive, démontrant que le fascisme recule seulement lorsqu'on le frappe, ce qui stimula les masses populaires à poursuivre leur lutte déterminée.

Cependant, alors nous n'étions pas suffisamment p