2. Le changement d'orientation

2.1 La Vème Réunion Générale

La Vème Réunion Générale eut lieu en octobre de 1971 à Paris, chez Eizaguirre; presque toutes les fédérations existantes y envoyèrent des délégués, autant de l'intérieur que de l'extérieur. Manuel Pérez et Enrique Cerdán représentèrent l'organisation de Madrid et ils avaient la mission d'élire un centre de direction unique pour toute l'Organisation.

La situation de l'Organisation à l'extérieur était vraiment sombre. Il suffit de signaler que l'un des assistants était venu seul pour communiquer aux autres la dissolution de sa fédération. D'autres posaient des problèmes de rivalités bureaucratiques. Le plus grave fut l'opposition ferme des responsables du travail de l'intérieur pour à ce qu'on lise les rapports contenant les thèses défendues par Manuel Pérez et Enrique Cerdán, c'est pourquoi au commencement la réunion se déroula dans un climat extrêmement tendu. Les différentes positions en lutte exposées en détail et la discussion commencée, la majorité serra les rangs autour les propositions des délégués du Comité de Madrid, les opposants décidèrent d'abandonner la réunion. Cela et le soutien d'Eizaguirre rendirent plus facile l'adoption de toute une série d'accords d'une grande importance pour l'avenir.

La réunion décida d'adopter le centralisme démocratique comme forme d'organisation et de fonctionnement et élut une nouvelle direction qui depuis résida à l'intérieur. L'Organe central, Bandera Roja, serait aussi édité en Espagne; c'est pourquoi on prit la décision de créer un appareil clandestin de propagande avec tous les moyens techniques nécessaires.

Dans la Déclaration de Principes approuvée était fixée pour la première fois en toute clarté l'orientation à suivre dans le travail de reconstruction du Parti: La Reconstruction du Parti unique de la classe ouvrière est la tâche centrale autour laquelle devra tourner le travail d'agitation, de propagande et d'organisation politique parmi les masses. Un autre aspect important abordé dans la Déclaration concernait le caractère de l'État, signalant comme contradiction principale en Espagne celle qui oppose le régime fasciste et les monopoles à la classe ouvrière et aux larges secteurs populaires, ce qui servira de base au moment d'élaborer la Ligne politique et de réaliser le travail de propagande et d'agitation.

À l'avenir, on quitterait l'activisme fébrile pratiqué jusqu'à ce moment, mettant l'accent sur la spécialisation, l'élaboration de rapports périodiques, l'édition régulière de la propagande, les réunions de discussion, etc., de sorte que l'OMLE devienne une vraie organisation communiste. Cela n'arriva pas d'un jour à l'autre, mais le chemin était tracé.

Il y avait moins d'une année que Manuel Pérez s'était engagé dans l'OMLE avec quelques idées claires sur la façon d'affronter la tâche de reconstruction du Parti. Sa volonté de lutte et sa capacité de travail le mirent à la tête de l'Organisation depuis lors.

Manuel Pérez et Enrique Cerdán à la tête, le Comité de Direction, à son retour de Paris, tint des réunions à Madrid et à Cádiz pour expliquer les accords adoptés et les nouvelles normes de fonctionnement. Les militants de l'organisation locale de Madrid assumèrent la plupart des responsabilités nouvelles. On dut retirer des militants de beaucoup de fronts du travail de masses pour renforcer les organismes centraux. Le premier Comité de Direction, le Comité de Rédaction de l'Organe Central et les camarades destinés à l'appareil de propagande sortirent presque exclusivement de l'organisation de Madrid. Il fallut abandonner souvent un travail de masses qui offrait de grandes perspectives pour pouvoir s'occuper de ce qui était le principal en ce moment là: le renforcement du Centre Dirigeant et de l'appareil politique et de propagande.

L'Organe Central Bandera Roja commença à sortir régulièrement; il était distribué par tous les réseaux clandestins à la portée de l'Organisation.

Ces mesures eurent un effet très positif sur les militants du Comité Local de Madrid, qui commencèrent à aborder les tâches avec une vision politique plus large et à résoudre les différents problèmes posés à l'organisation sur la base d'une approche d'ensemble, c'est-à-dire non locale. Cela les obligeait à se dépasser, à savoir distinguer le principal du secondaire et à apprendre tout beaucoup plus vite; ils élargissaient leurs horizons politiques et cela leur rendait plus professionnels. C'est pourquoi les membres de l'organisation de Madrid avaient en général un haut niveau idéologique et politique.

En octobre 1971, déjà à l'intérieur, a lieu la réunion constitutive du Comité de Direction nouveau; Manuel Pérez présente le rapport La situation politique et nos tâches immédiates, où il analyse la situation économique et politique du pays et établit les critères qui devaient orienter la situation de l'OMLE:

1. On peut dire que dans le domaine économique, la situation actuelle, où la classe dominante entreprend la réalisation de son III Plan de Développement, avec le regard fixe sur son entrée dans le grand marché mondial, est relativement favorable si on la compare à celle de la fin du deuxième plan. Cela est dû à l'accumulation durant les dernières années de grands capitaux obtenus grâce au blocage prolongé des salaires et au renforcement de la banque commerciale et les dépôts monétaires de l'oligarchie financière après la récente crise économique du système capitaliste. Néanmoins, il n'y a aucun doute concernant les résultats du nouveau Plan. Sauf incidences de l'aggravation de la crise internationale, il est destiné, comme les autres, à augmenter la compétitivité de la grande industrie, de l'exploitation agraire de type capitaliste; le rythme de concentration des entreprises et de réduction du personnel, de fermetures massives d'autres entreprises et des restrictions de crédits dans les entreprises non monopolistes, connaîtront un élan accéléré. En conséquence, l'armée de chômeurs (grossie probablement avec beaucoup de milliers d'ouvriers émigrés) augmentera d'une façon considérable; et la réduction des salaires et l'augmentation des prix seront d'autres fouets dirigés contre les masses entraînant un grand mécontent populaire.

2. Sur le plan politique, la caractéristique du moment est la prise de conscience par les masses tant de la politique officielle de réforme que des buts de l'opposition bourgeoise. Certes cela tend à aggraver les contradictions dans la classe dominante, en particulier la contradiction qui oppose l'oligarchie aux autres secteurs de la bourgeoisie non monopoliste, et en particulier, la contradiction qui oppose l'oligarchie au prolétariat et aux masses populaires.

Il est clair que la restauration de la monarchie est au confluent de toutes les contradictions de la classe bourgeoise; dans la fraction qui détient le pouvoir et les ressources économiques fondamentales, la contradiction se manifeste autour du moyen d'imposer une marge 'démocratique' si faible pour continuer à tromper les masses.

3. En ce qui concerne l'organisation, en appliquant le marxisme-léninisme aux conditions de notre pays, notre Organisation est en train d'accumuler de nombreuses expériences; les unes montrent nos conceptions erronées, que nous sommes en train de rectifier; quant aux autres, nous n'avons pas même commencé à les étudier et synthétiser. Par ailleurs, il y a toute une série de questions que nous ne pouvons pas encore aborder, et même celles que nous élaborons dans cette étape devront être soumises à nouveau à une analyse rigoureuse à la lumière du marxisme-léninisme et en accord avec les expériences nouvelles. Tout cela confirme la justesse de nos principes politiques et idéologiques, principes que nous devrons développer dans la pratique quotidienne et dans le domaine de la théorie pour avancer fermement et d'une façon ininterrompue jusqu'à la réussite de nos objectifs.

Des erreurs organiques, comme l'abandon de la tâche de formation des cadres, de l'élaboration de rapports périodiques, du paiement des cotisations et des collectes de fonds, font partie, avec beaucoup d'autres de l'étape précédente et l'Organisation est en train de les corriger. Occupés à résoudre les problèmes organiques, il y a d'autres questions que nous n'avons pas encore abordées et qui doivent être au centre de notre attention dorénavant, puisqu'elles sont étroitement liées aux problèmes d'organisation et les efforts déployés dans ce sens n'auront aucune valeur s'ils ne sont pas éclairés par elles.

Ces questions posées par le rapport concernent la structure économique et la configuration sociale du pays, comme l'histoire la plus récente, et d'autres en relation avec le mouvement syndical, la question agraire, les nationalités, etc. À mesure qu'on réalisera ces travaux, on élaborera la stratégie et la tactique de l'Organisation.

Malgré la saignée de militants destinés aux organes centraux, on établit petit à petit des contacts avec les usines métallurgiques de Madrid. Début 1972, deux camarades dirigeaient les luttes de l'usine Castellón en marge du Syndicat Vertical et des Commissions Ouvrières et surtout avec la participation de tous les ouvriers aux décisions en assemblées, jusqu'à imposer leurs revendications à la direction. C'est la première lutte que l'organisation de Madrid dirige et ce sera un exemple et un point de référence pour le travail syndical postérieur: La lutte des ouvriers de Castellón S.A. met en évidence à nouveau les moyens employés par la classe ouvrière dans la lutte pour ses intérêts de classe: les assemblées, les manifestations, les arrêts de travail, les occupations d'usines et l'exigence de l'organisation des ouvriers en groupes qui garantissent et qui permettent la continuité de la lutte contre les patrons et les hiérarques syndicaux (23).

Les militants de l'usine Castellón en viendront bientôt au Comité Local et seront les moteurs du travail dans la métallurgie.

Des cellules de l'OMLE, qui participeront à toutes les luttes pour les accords collectifs des années suivantes, se consolidèrent aussi à la Téléphonique dans leurs centres de Santo Domingo et José Antonio. Toutefois, c'est dans le textile que l'organisation est la plus développée dans cette période. Les camarades renvoyées de Manufactures Textiles travaillent maintenant dispersées par presque toutes les usines de Madrid: Induyco, Quirós, Santa Clara, Triumph, Rok... Dans toutes ces usines, la campagne d'agitation en solidarité avec les grèves, d'abord de Ferrol, et en septembre, de Vigo, aura une grande résonance. En raison de la grève générale de Vigo, des assemblées furent réalisées dans toutes ces usines et dans une d'entre elles, Quirós, les ouvrières firent des arrêts, bien que de durée courte, en solidarité. Cette campagne accéléra le détachement de l'OMLE de tout un courant opportuniste de gauche: tous les groupes boycottèrent systématiquement les actions de solidarité. Dans les campagnes de ce genre, les camarades assimilaient la ligne défendue par l'OMLE et le caractère du mouvement qui commençait à germer autour d'elle.

Les appels successifs à la grève générale lancés par Commissions Ouvrières dans les années 1972, 1973 et 1974 serviront de stimulant pour le développement des Cercles Ouvriers de la construction, qui dénonçaient systématiquement le caractère liquidateur de ces grèves et défendaient la lutte directe contre les entreprises de la construction, en marge du Syndicat Vertical fasciste; leur travail contribua dans une grande mesure à maintenir vive la lutte et la résistance de ce secteur.

Les nombreux fronts ouverts dans le travail de masses conseillaient la création de comités de quartier. Certains camarades du Comité Local s'opposeront à cette initiative, prétextant une excessive complexité du fonctionnement et une décentralisation des tâches inutile. Ils ne comprenaient pas la nécessité pressante de ces comités pour pouvoir mener à bien le travail politique (et le faire, de plus, avec un critère territorial et non corporatif), qu'exigeait le mouvement naissant de reconstruction du Parti; ils ne comprenaient pas non plus que la meilleure école de cadres dans le mouvement communiste fut toujours la pratique dans les travaux d'organisation et aussi de faire front à des responsabilités de direction à n'importe quel niveau. Tant bien que mal, les comités de quartier furent organisés en janvier 1973, en commençant par ceux de Vallecas et Ciudad Lineal, où l'Organisation était plus établie. L'initiative réussira bientôt permettant de mieux s'occuper de toutes les tâches et de multiplier les cercles de sympathisants.

Les discussions maintenues dans l'Organisation locale de Madrid et les accords de la V Réunion Générale eurent aussi une répercussion immédiate à Cádiz.

À la mi-décembre 1971, ils reçurent la visite de Manuel Pérez. La réunion eut lieu dans une pinède proche à la plage du Puerto de Santa María. L'image des membres de l'organisation de Cádiz dut le choquer: cheveux longs, barbe, favoris... ils semblent sortis d'un tableau du Parlement de Cádiz. Il est allé les renseigner sur les accords pris dans la V Réunion Générale et dans la réunion récente du Comité de Direction, sur les nouvelles formes d'organisation et de fonctionnement.

Les camarades de Cádiz ne le comprennent pas très bien: ils étaient habitués à travailler sans pratiquement recevoir de directives; les visites de la Direction jusqu'à ce moment se faisaient de temps en temps. Manuel Pérez leur assura que cet état de choses allait changer et petit à petit il arriva à leur faire comprendre que le centralisme démocratique est la seule forme valable d'organisation et de fonctionnement communiste.

Depuis lors on établit une direction plus effective, le contact avec le Centre Dirigeant se fit plus fréquent et l'Organe Central et d'autres matériaux de propagande arrivèrent régulièrement tous les mois. L'activité de l'Organisation s'étendit et commença à participer à certaines luttes importantes. Martín Luna est à la tête de la grève des Mille logements. En raison de cette grève, l'organisation locale de Cádiz diffusa un tract avec lequel on réussit à mobiliser tous les ouvriers qui y travaillaient. La grève fut un succès total.

Par le biais des sympathisants des chantiers navals de Cádiz et du groupe de théâtre, on contacta un groupe d'instituteurs et d'étudiants de Séville qui avaient milité dans différents groupes de gauche, aussi qu'avec les ouvriers de l'usine SECEM de Córdoba - l'industrie métallurgique la plus importante de la province - qui étaient les acteurs depuis longtemps d'importantes luttes contre le patronat, le Syndicat Vertical fasciste et les tactiques réformistes préconisées par les carrillistes.

Delgado de Codes, qui s'était déjà complètement consacré au travail politique de l'Organisation, fut le responsable de ce travail d'extension de l'OMLE en Andalousie. Le travail développé par Delgado de Codes durant cette époque eut une grande importance.

L'Organisation s'étendit aussi à la province de Cádiz: Puerto de Santa María, Puerto Real, San Fernando et Jerez. Dans cette dernière ville, on connaît López Ragel et, à travers lui, un large cercle d'ouvriers des caves et les ouvriers du camp. Bientôt naîtra un comité qui comprend la zone des vignes du Marco de Jerez. Par ailleurs, les relations avec Séville et Córdoba se consolidèrent. Un comité et diverses cellules se constituèrent à Séville, alors qu'à Córdoba l'Organisation s'ouvrit un chemin dans les usines et la propagande fut diffusée largement dans toute la zone.

À Cádiz, on avait commencé à éditer un bulletin, El Gallo Rojo; Sánchez Casas utilisa un duplicateur à alcool du bureau où il travaillait; souvent, les brochures étaient photocopiées, puisque celles qu'ils reçoivent du Centre ne couvraient pas tous les besoins. Malgré la précarité des moyens dont l'Organisation locale disposait, l'imagination se substituait au centuple à ce manque: durant la grève des Mille logements il fallut éditer les tracts avec des petites presses d'enfants. Ils arrivèrent même à inventer des engins curieux pour lancer les tracts et placer les pancartes depuis les terrasses des maisons de Cádiz, comme celles qu'ils fixèrent un jour face au chantier naval et à côté de la caserne de la Garde Civile.

Une lutte persistante pour démasquer les révisionnistes et d'autres groupes semblables se maintient dans le chantier naval. L'influence de l'OMLE dans le secteur naval était déjà assez large et les camarades mirent en place un comité de la baie qui comprenait les fabriques de la Bazán, Matagorda et le chantier naval. Il fut nécessaire aussi de former le Comité Régional de l'Andalousie pour diriger le travail dans les trois provinces.

2.2 La lutte contre le spontanéisme

Tout changea dans l'Organisation à la suite des accords de la Vème Réunion Générale et de la lutte idéologique déployée dans le sein de l'Organisation pour les mettre en pratique. De la Vème Réunion Générale, l'OMLE sortit épurée et renforcée. Bientôt l'enthousiasme de tous se transformait en efficacité.

Durant un temps, à la suite de la formation du Comité de Direction, l'Organisation se fixa, comme une de ses tâches principales, l'édition d'un journal commun à toutes les organisations de gauches. Déjà dans le premier numéro de Bandera Roja édité à l'intérieur, le numéro 10, de janvier 1972, on lança la consigne de Travailler pour faire un seul journal central pour tous les marxistes-léninistes. Nous offrîmes même notre appareil de propagande pour ce but. Le journal devait être comme "l'échafaudage" qui servirait de plate-forme pour la reconstruction du Parti. Cette initiative avait pour objectif d'établir les fondations pour atteindre une vraie unité, car on facilitait l'exposition des différents points de vue et leur large discussion, tandis qu'on créait des liens et des habitudes de travail communs: Alors, cette Ligne était juste et pertinente: depuis la création de l'Organisation et pendant une période longue le faible développement, les connaissances limitées que nous avions des conditions où devait se développer notre activité et, par ailleurs, l'existence dans le pays d'autres groupes comme le nôtre, se considérant marxistes-léninistes, nous emmena à nos poser la question de l'unité comme l'une des plus importantes pour travailler ensemble parmi les masses, pour élaborer la Ligne politique et pour marcher, de cette façon, vers la reconstruction du Parti. Nous avons fait de nombreux efforts pour réussir cette unité sans que ces groupes, se retranchant derrière leurs ‘programmes’ et dans l'esprit de groupe mesquin, répondent favorablement. Tout au contraire, ils se dédièrent aux échanges avec les révisionnistes, à ourdir des intrigues et d'entremetteuses (24).

Notre Organisation ne se limita pas seulement à travailler pour l'unité du mouvement de gauche; en réalité, elle ne fit jamais passer l'unité avec d'autres forces avant le travail indépendant comme de l'Organisation: notre Organisation ne devait pas attendre pour mener à bien cette importante tâche (l'édition d'un Organe Central), des accords possibles avec d'autres organisations. De même que dans toutes les autres questions, nous devions nous baser sur nos propres forces, car l'unité des marxistes-léninistes était seulement une possibilité de reconstruire le Parti, alors que le travail indépendant réalisé par l'Organisation impliquait déjà d'être en train de le reconstruire. Donc, on commença à marcher sans attendre la réponse des autres groupes.

Certes, cette marche exigeait la critique de ceux qui se disaient communistes. Enrique Cerdán résumait quelques années après cette question de cette façon: Les opportunistes ont toujours évité de nous citer. Nous avons toujours tenté de mener une lutte idéologique pour épurer le mouvement; cette consigne était une tentative d'avancer vers l'unité et démontra qu'ils ne voulaient pas y aller, cela nous montra qui ils étaient. D'abord, nous avons dit que le problème de l'unité était un problème pratique, de travailler ensemble et ne pas nous perdre en discussions. Malgré cela, nous avons continué à discuter, nous avons démontré que nous avions raison. Lorsque nous en parlions, ils ne voulaient pas parler de l'unité, lorsque nous avons dit qu'il n'y avait plus qu'à continuer tous seuls, alors ils commencèrent à parler de l'unité (25).

L'OMLE se dirigea vers la rupture avec les autres groupes lorsqu'elle commença à élaborer sa Ligne politique et la nature petite-bourgeoise de ces groupes de gauches fut mise en évidence: Si auparavant il était possible et juste de proposer l'unité du mouvement de gauche, car les différences n'avaient pas atteint le caractère de principe qu'elles ont maintenant, aujourd'hui cette unité est rendue plus difficile et elle serait seulement possible sur la base de l'acceptation de notre Ligne politique et de notre plan d'organisation. Ce que nous signalons n'est plus que l'application aux nouvelles conditions de la Ligne que notre Organisation a appliquée à ce sujet (26).

Le phénomène est contraire: à mesure que l'OMLE met en marche une Ligne politique correcte, plus s'en éloignent les différents groupes de gauches pour se situer à la traîne du révisionnisme. Ce suivisme était leur trait le plus marqué; ils le critiquaient dans leurs journaux, mais dans la pratique tous faisaient exactement la même chose. Cela démontre qu'en réalité, à cette époque-là, il n'y eut pas un vrai problème de gauchisme en Espagne, puisque toutes les organisations se proclamant communistes étaient, dans la pratique, révisionnistes, elles promouvaient le spontanéisme et le réformisme. La conception erronée de la Ligne de masses héritée de la Révolution Culturelle poussait vers cette direction et empêchait la reconstruction du Parti Communiste.

Sous le prétexte du travail de masses, tous les opportunistes tombaient dans un syndicalisme rampant. Les révisionnistes puisqu'ils se mettaient à la traîne des masses et les gauchistes puisqu'ils marchaient à la traîne des précédents. C'étaient des versions équivalentes à ce que Lénine avait qualifié il y a des décennies d'économisme; cela consiste à rabaisser les tâches des communistes au niveau des secteurs les plus retardés, à un niveau où les masses arrivent d'elles-mêmes. Abandonné à ses seules forces, le mouvement ouvrier ne peut générer que le syndicalisme, et la politique syndicale de la classe ouvrière n'est que -disait Lénine- la politique bourgeoise de la classe ouvrière. Voici comment on transforme le mouvement ouvrier en un appendice de la bourgeoisie (27), ce qui cadrait à la perfection avec leur programme de retourner du fascisme à la démocratie bourgeoise. À un moment où le parti du prolétariat n'existait pas, ce problème était d'une gravité extrême, car la tâche la plus urgente était celle de le reconstruire.

Le travail développé par l'OMLE et les expériences accumulées démontra que ces organisations marxistes-léninistes ou maoïstes ne l'étaient pas. Leur refus de s'unifier malgré l'insistance de l'OMLE dans ce sens, leur collaboration avec le révisionnisme, leurs vacillations politiques devant le déroulement de la lutte de classes dans notre pays, tout cela mettait en évidence chaque jour leur nature opportuniste et rendait nécessaire de les combattre, de la même façon que le révisionnisme, plus que de chercher l'unité avec elles. Par ailleurs, la fusion de l'OMLE et l'OMLG mit clairement en évidence qu'il était bien facile pour les vrais communistes de se mettre en accord.

C'est pourquoi il fut indispensable de commencer à combattre l'opportunisme de gauche et à le démasquer. Une autre des caractéristiques de l'OMLE va être la critique constante du chapelet des sigles de ce moment-là, la lutte idéologique contre le carrillisme, mais aussi contre ces autres courants opportunistes petit-bourgeois. C'est alors que l'OMLE commence à être attaquée par les autres organisations soi-disant communistes l'accusant de sectarisme. Les différences commencèrent bientôt à se manifester: certes, l'Organisation n'avait déjà presque plus rien à voir avec tout cet embrouillamini de groupes.

Toute possibilité d'union avec eux rejetée, le travail indépendant de l'Organisation parmi les masses acquérait un relief de plus en plus important et cela posait des problèmes pratiques nouveaux qui trébuchaient toujours sur des positions spontanéistes, parfois ouvertes, parfois cachées. L'inertie poussa plusieurs camarades vers l'agitation démesurée et l'activisme aveugle.

La lutte contre le suivisme ne se limita pas à la critique d'autres groupes, mais c'était aussi une lutte à l'intérieur de l'OMLE. Elle n'en avait pas fini avec la défaite des positions du polycentrisme dans la Vème Réunion Générale. Tout au contraire, cette tendance opportuniste se reproduisit de mille façons dans l'Organisation, ce qui prouvait la force de l'enracinement de l'idéologie bourgeoise au sein des organisations communistes sous différentes apparences. Dans la V Réunion Générale on avait seulement gagné la bataille théorique, mais dans la pratique elle se reproduirait, car le passé de l'Organisation était chargé de suivisme et de spontanéisme. L'inexistence même du Parti et la faiblesse idéologique et politique de l'OMLE dans les premiers temps favorisaient cette tendance. On peut dire que toute l'activité idéologique et politique développée par l'OMLE pour la reconstruction du Parti, surtout jusqu'à la I Conférence, fut réalisée dans une lutte acharnée dans ses rangs contre ce culte du suivisme, qui niait le rôle dirigeant de l'avant-garde marxiste-léniniste et posait le suivisme comme la seule alternative: suivisme devant les carrillistes, suivisme devant les conditions adverses, suivisme devant le mouvement ouvrier spontané, etc.

Les manifestations les plus importantes de cette déviation étaient les suivantes:

— la tendance à la dispersion, à l'agitation constante cachée sous la consigne de travail de masses
— la tendance au localisme, au renforcement des organes locaux au détriment des centraux
— La tendance à subordonner le travail clandestin au travail légal ou plus ouvert parmi les masses.

Face à ces tendances, la Direction opposa la nécessité de reconstruire le Parti et, en conséquence, renforcer l'Organisation qui devait l'éclairer et en particulier sa direction. Les comités locaux devaient apporter leurs militants les plus fermes et ayant le plus d'expérience pour renforcer la Direction centrale. La promotion des militants ouvriers les plus capables et dévoués à la lutte révolutionnaire, pour qu'ils développent des tâches de direction, fut un travail constant et une caractéristique de l'OMLE.

Ce fut à l'heure d'affronter les problèmes pratiques que l'on put de neutraliser à plusieurs reprises ces tendances, comme il était arrivé avec le problème des fédérations.

La lutte contre le spontanéisme se posa au cours de la réunion élargie du Comité de Direction de juin 1972, convoquée pour analyser l'état de l'Organisation et ses tâches. On remarqua que les problèmes étaient provoqués, fondamentalement, par la faiblesse politique et idéologique, par le manque de liens étroits entre les organisations locales et le Comité de Direction, et aussi pour le manque de clarté par rapport aux tâches qui devaient être réalisées en vue de la tenue d'une Conférence où on discuterait tout le travail réalisé et qui devrait ouvrir de nouvelles perspectives au mouvement pour la reconstruction du Parti. On remarquait une augmentation notable de l'activité de l'Organisation face à la faiblesse du Comité de Direction. La réunion trouva que les problèmes politiques et idéologiques étaient dus en bonne partie à cette faiblesse de son noyau dirigeant et que ces problèmes, comme le développement de nouvelles tâches, dépassaient sa capacité. En conséquence, la solution à tous ces problèmes pouvait seulement arriver du renforcement du noyau dirigeant, c'est pourquoi on proposa la consigne de renforcement de l'Organisation sur la base du renforcement du Centre.

Il en découla la position de principe maintenue par l'OMLE de son persistant effort pour reconstruire le Parti, et aussi la volonté inébranlable d'atteindre cet objectif. Convaincus par une longue expérience que le problème fondamental de la classe ouvrière était le besoin d'un parti dirigeant, l'OMLE mit toujours au centre des tâches imposées par la lutte de classes la réorganisation des communistes, car seulement de cette façon on pourrait affronter tous les autres problèmes entraînés par la lutte. Comme la réunion le démontra, les problèmes étaient multiples, mais il y avait une façon de les résoudre: renforcer l'Organisation en commençant par son Centre Dirigeant.

Cette consigne atteindra une importance décisive à partir de ce moment-là et le courant spontanéiste s'échoua contre elle à plusieurs reprises. Par exemple: Bandera Roja répondait de cette façon en octobre 1972, à ceux qui disaient que la tâche principale de l'Organisation était le développement de la lutte des organisations des masses: Ces idées correspondent à la même conception et sont également erronées, car elle ne tiennent pas compte que nous nous trouvons à l'étape de la reconstruction du Parti, à l'étape caractérisée, fondamentalement, par le travail d'organiser les révolutionnaires et d'élaborer une ligne politique. Tant que ces objectifs ne sont pas atteints au moins en grande partie (en créant un appareil politique, un réseau d'organisations et une Ligne politique pour tout l'État), il est utopique et fort dangereux de tenter de réaliser complètement le travail parmi les masses, de diriger la révolution, puisque cela équivaut à nier la nécessité du Parti, la seule force capable, par sa vision politique, sa capacité de travail et d'organisation, de diriger le prolétariat dans la réalisation de la révolution.

Le même journal s'attaque aux camarades qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et qui se lamentent du rapt des cadres des organisations locales: Nous devons combattre la théorie du renforcement des organisations locales au détriment du renforcement d'un noyau dirigeant et de l'extension de l'Organisation à l'échelle nationale, car cette ‘théorie’ promeut le spontanéisme, l'esprit local et de groupe et elle est opposée à la reconstruction du Parti. Toutes les organisations locales doivent se soumettre au centre et ajuster leurs tâches à la réussite de cet objectif fondamental à l'étape de développement de la révolution où nous nous trouvons.

2.3 Organiser la classe ouvrière en étroite relation avec le Parti

La position de l'Organisation était radicalement différente de celle des autres groupes non seulement par l'intérêt principal de reconstruire le Parti Communiste, mais encore par sa conception du travail de masses: pour en finir avec cette situation il était nécessaire de renverser le fascisme et pour y arriver les manifestations spontanées, sans plan ni continuité n'étaient pas suffisantes. Il fallait un plan, une Ligne politique et une avant-garde capable d'unir et prendre la tête du prolétariat et lui faire jouer le rôle qui lui correspondait à la tête du peuple. Seulement de cette façon chaque vague de lutte, chaque action partielle, pourra devenir un levier puissant avec lequel impulser chaque fois des mouvements de masses plus amples jusqu'à réussir l'objectif signalé. Le manque de cette Ligne politique et de cette avant-garde était le problème le plus important que la classe ouvrière d'Espagne avait devant elle. Cela ne signifiait absolument pas abandonner le travail de masses, sinon tout le contraire: sans le travail parmi les masses tout effort de reconstruire le Parti serait inutile, nous ne trouverions pas une base solide sur laquelle baser notre travail et, de cette façon, nous échouerons à plusieurs reprises.

Dans ce travail, l'Organisation communiste rencontra de nombreux obstacles. À part les difficultés imposées par le travail clandestin et les autres dérivées de sa propre faiblesse organique, on trouvait la barrière que représentait l'influence des révisionnistes dans un ample secteur de la classe ouvrière.

Avant tout, il fallait clarifier la situation, résumer les expériences de lutte du mouvement ouvrier et ôter le masque aux opportunistes de droite et de gauche. L'OMLE commença à maintenir des positions très claires et définies sur cette question, alors embrouillée par les antimarxistes: dans les conditions du fascisme, il est impossible de créer et de développer légalement des organisations de masses de caractère syndical, politique et culturel pour la lutte active. Dans notre pays, on peut seulement créer de petits groupes avec un fonctionnement simple et clandestin, composés par les éléments les plus avancés des masses et qui maintiennent des relations étroites avec l'organisation des révolutionnaires. En conséquence, les organisations de masses devaient se mettre à l'abri de la répression et maintenir une relation étroite avec l'avant-garde.

Le souci d'organiser les ouvriers, de distribuer la propagande parmi eux fut toujours une constante dans l'OMLE. Il n'y avait aucun doute que la reconstruction du Parti ne pouvait se réaliser qu'en étroite relation avec la lutte populaire contre le fascisme. Cependant, il était aussi très clair qu'avec le Parti la classe ouvrière est tout; sans le Parti elle n'est rien. Voici qui donnait un vrai sens au travail déployé par l'OMLE:

Partout, dans toutes les sphères de la vie, chaque jour se fait remarquer l'extraordinaire augmentation de la lutte de classes dans notre pays. Les luttes qui visent la structure même de l'État fasciste de l'oligarchie financière sont de plus en plus nombreuses; à cette lutte s'incorporent des dizaines de milliers de nouveaux combattants prolétariens qui traînent derrière eux d'amples secteurs de la population. Des grèves économiques on passe, à travers les assemblées dans les centres de travail (de la liberté conquise!) aux grèves politiques, où les travailleurs s'affrontent aux organismes syndicaux, judiciaires et politico-répressifs de la classe capitaliste [...]

Cela met en évidence (plus que dans quelque autre pays) toute la pourriture de la politique révisionniste, mettant au premier plan le problème de la préparation de la lutte armée comme le seul moyen de résoudre les contradictions de classe chaque fois plus aiguës et pour cela, la nécessité urgente d'une politique et d'un parti prolétarien capable de diriger cette lutte.

On devait donc se mettre au travail pour organiser les masses ouvrières dans la perspective du renversement de l'État, seule façon de résoudre les contradictions de classe chaque fois plus aiguës, et de créer le Parti capable d'orienter et prendre la tête de cette lutte.

Les opportunistes appuyaient à l'unanimité les Commissions Ouvrières, ils appelaient à renforcer et étendre ce mouvement comme étant la forme « authentique » d'organisation qu'adoptait le prolétariat d'Espagne. Devant ce mensonge nourri par les carrillistes, l'Organe Central de l'OMLE dénonça et mit en évidence à maintes reprises la fausseté de ces conceptions. Le numéro d'avril 1973 de Bandera Roja disait à ce sujet: Autant les révisionnistes que ceux qui soutiennent cet argument sont intéressés à maintenir les ouvriers trompés, car seulement de cette façon peuvent mener à bien leurs projets de renforcement et d'extension des Commissions Ouvrières [...] La vérité est fort différente, puisque ce qui aujourd'hui est connu comme Commissions Ouvrières provient de la collaboration avec le fascisme, donc cela n'a presque rien à voir avec les formes propres de lutte et d'organisation dont le prolétariat commença à se munir dans la décennie du 50 et qui eurent un large développement au cours des grandes grèves des Asturies. Ce sont ces dernières formes qu'il faut développer et renforcer en étroite relation avec la reconstruction du Parti, combinant la lutte économique et la lutte politique, le travail légal et le travail clandestin et démasquant les mensonges et les sales manœuvres des opportunistes et de la bourgeoisie.

Les commissions ouvrières élues en assemblées, qui naissaient et mouraient avec chaque revendication ou avec chaque lutte partielle, les formes d'organisation qu'utilisaient les ouvriers pour affronter la répression du syndicat unique fasciste, les carrillistes chercheraient à les transformer en organismes bureaucratiques permanents au service de leur politique de réconciliation et de collaboration avec le capital. Logiquement, pour cela ils devaient éliminer le mouvement ouvrier d'opposition à ces institutions.

Ainsi naquit la falsification des Commissions Ouvrières, en comptant à tout moment sur la collaboration enthousiaste du syndicat vertical fasciste, du patronat et de la police. Toutes ces manipulations furent mises en évidence par l'OMLE, en même temps qu'elle dénonçait les plans nouveaux de la bourgeoisie. En avril 1983, Bandera Roja s'exprimait dans ces termes:

Depuis quelque temps, avec le nouvel élan des luttes, ces manœuvres criminelles du fascisme, d'accord avec les agents révisionnistes et avec la complicité des opportunistes de ‘gauche’, qui tentent d'étouffer les luttes révolutionnaires, de dévier le mécontent général vers le réformisme et de semer la confusion et la division dans les rangs ouvriers, sont en train de s'intensifier.

En même temps que les policiers criminels de la Brigade politique-sociale et de la Garde Civile, les tribunaux fascistes et la CNS s'emploient à fond à organiser des descentes, à martyriser et à retenir les ouvriers et les combattants avancés dans les prisons, les commissariats et les casernes, condamnant leurs familles à la faim pour briser leur résistance, les grands pontifes syndicaux, les patrons et les révisionnistes tiennent des réunions ‘de réconciliation’, des ‘tables rondes’, des ‘assemblées communes’, etc. auxquelles ils tentent de traîner les ouvriers. Les publications révisionnistes-bourgeoises -chacune plus démagogique- destinées à endormir les travailleurs se répandent et parlent de la ‘liberté syndicale’ et du ‘droit de grève’, ‘d'expression’ et de ‘réunion’ sous le fascisme. Ils convoquent des ‘grèves générales’ toutes les trente secondes; les évêques et d'autres grands hommes de ‘l'opposition’ font de déclarations ‘en faveur’ des ‘droits des ouvriers’, et de même font -en même temps qu'elles augmentent leur soutien à leurs succursales dans notre pays- les organisations syndicales internationales jaunes qui craignent que l'incendie prenne, ailleurs, en Europe.

L'aggravation de la crise économique et politique du régime, l'apparition d'une nouvelle avant-garde révolutionnaire du prolétariat, la dénonciation systématique des intrigues et des manœuvres de la bourgeoisie et de ses acolytes carrillistes, cet ensemble de facteurs créa une situation nouvelle dans le mouvement ouvrier. C'est juste à ce moment que les groupes politiques de gauche se placent d'une façon claire dans le courant opportuniste, se dédiant à renforcer les manœuvres bureaucratiques de Commissions Ouvrières, nées du complot fasciste-révisionniste et de la précaire influence de ces derniers dans les rangs ouvriers. Comme le disait Bandera Roja en février 1973:
L'ancienne dispersion et les disputes sont en train de se changer devant la tourmente révolutionnaire qui s'approche, en collaboration, en actions communes et coïncidence pratique dans les objectifs, tant de ces groupes entre eux que de tous avec le révisionnisme, qui dirige avec plaisir toute cette mascarade opportuniste [...]

Face au travail de dispersion et de collaboration avec le révisionnisme des groupes de ‘gauches’, face à leur activité économiste de création d'organismes bureaucratiques syndicaux (‘fronts anti-accords collectifs’, ‘blocs ouvriers en projet’, etc.) et de renforcement des pagailles révisionnistes, l'OMLE a indiqué que la tâche de diriger, d'éduquer et d'organiser politiquement le prolétariat, en renforçant son détachement d'avant-garde est le travail principal des communistes; en même temps nous expliquons les problèmes posés au mouvement révolutionnaire et nous mettons en garde sur la politique et les manœuvres des agents de la bourgeoisie.

L'existence du régime fasciste nous a fait vérifier dans la pratique l'impossibilité de créer de grandes organisations de masses dans ces conditions. Notre travail s'oriente vers la création et la consolidation de cellules et de comités d'usine qui mènent à bien la tâche d'éducation politique et d'organisation des ouvriers les plus avancés et qui forment des groupes de lecture et de discussion de la propagande communiste, des groupes pour la lutte syndicale, pour percevoir des fonds, pour organiser des piquets de grève, pour envoyer des informations au journal, etc.

Concernant les tâches syndicales, de petits groupes étroitement liés à l'organisation, inconnus de la police et qui donnent des tâches, si petites qu'elles soient, au plus grand nombre possible d'ouvriers, peuvent mener à bien parfaitement la lutte économique.

Les expériences des Cercles Ouvriers et d'Organisation Ouvrière peuvent être un exemple d'une très grande valeur dont nous pouvons tirer des enseignements et qui confirme nos positions par rapport au travail dans les usines: organisation indépendante et contre les syndicats fascistes et le système de délégués syndicaux, clandestinité et une étroite relation avec l'organisation, intégration dans leur sein de combattants avancés qui assurent la continuité du travail et la participation d'un nombre chaque fois plus ample de travailleurs.

Nous devons soutenir la coordination de ces groupes disperses lorsque leur développement l'exige, de même que l'édition de journaux syndicaux, de tracts informatifs, etc. Veut-on dire que nous sommes contre l'utilisation des possibilités légales ? Absolument pas. Nous devons être là où se trouvent les masses. Même dans l'hypothèse peu probable où les mensonges de l'oligarchie et les manœuvres du révisionnisme réussissent à tirer des secteurs de la classe ouvrière à la CNS, notre réponse serait la même.

Le problème n'est pas qu'il s'agit de ‘pièges’ du fascisme ou des organismes contrôlés par le révisionnisme, mais que les masses s'y trouvent vraiment. C'est ainsi (compte tenu les conditions de la lutte et avec beaucoup d'attention) que nous devons nous poser la question de la participation dans les complots qui nous offrent la possibilité d'arriver aux masses. De la même façon, nous devons utiliser les minimes possibilités légales que la classe dominante est obligée d'accorder, si mesquines et réduites qu'elles soient, sans oublier que dans les conditions du fascisme, fixer notre attention sur toutes ces fentes, entreprendre la bataille dans tous les domaines et à toute occasion, c'est quelque chose que nous ne devons pas dédaigner, mais, au contraire, utiliser comme levier de notre travail.

Nous pouvons dire la même chose à propos des travailleurs influencés par le révisionnisme et l'opportunisme de ‘gauche’; nous devons mener à bien une politique unitaire avec eux, en défendant des programmes communs et en menant à bien des actions communes, ce qui n'élimine pas la lutte idéologique contre les agents de la bourgeoisie, mais, au contraire, l'inclut comme un aspect essentiel de notre travail. Une tâche, en définitive, ample, variée et constante, où nous ne cessons pas de prendre l'initiative dans tous les domaines, allant toujours de l'avant et sans abandonner -dans la mesure de nos possibilités- un seul domaine à l'oligarchie et ses agents, un travail où nous ne perdons pas de vue un seul moment les besoins immédiats des masses et leurs problèmes concrets dans chaque centre de travail, persévérant dans le travail d'explication et d'éducation.

La tâche la plus urgente dans le travail pratique est de développer et de consolider nos organisations dans les usines, dans le but d'en faire de vraies forteresses du Parti. L'avancement des luttes du prolétariat, leur radicalisation de plus en plus grande et leur extension nous imposent d'avancer vers la réussite de cet objectif avec rapidité, car le chemin de la reconstruction passe par lui.

La mise en pratique de ces conceptions communistes dans le travail de masses plaçait l'OMLE petit à petit dans une situation détachée et singulière dans le mouvement ouvrier. Le travail dans les usines se réalisait, les ouvriers les plus conscients et combatifs s'incorporaient lentement à l'Organisation, ses rangs avaient de plus en plus de cohésion politique, les camarades ouvriers étaient majoritaires dans ses organismes de direction et, encore mieux, l'intense travail déployé rapprochait à vue d'œil le jour où tous les efforts de ce noyau de communistes culminait, avec la réussite de leur objectif immédiat: la Reconstruction du Parti Communiste d'Espagne.

2.4 L'orientation dans le travail de propagande

Aujourd'hui, lorsque la bourgeoisie dispose de si extraordinaires moyens d'impression et audiovisuels pour endormir les masses, la création d'un journal communiste qui arrive à tous les coins du pays et qui sert à organiser et éclairer les éléments avancés sur les plus diverses questions de la société actuelle et future, qui serve à organiser, à donner cohésion et à éclaircir nos propres rangs; un journal, en somme, édité à l'intérieur et qui recueille et oriente tout le torrent de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière et les peuples d'Espagne, est une tâche d'une très grande importance devant laquelle notre mouvement ne doit pas ménager ses efforts, car on en dépend son développement rapide (28).
Avec une conception si juste de ce qui devait être l'Organe Central, on ne peut être surpris que Bandera Roja atteigne bientôt un grand succès et que son élaboration soit une préoccupation constante de l'Organisation. La décision de la V Réunion Générale d'éditer l'Organe Central à l'intérieur répondait à cette nécessité et fut mise en pratique immédiatement. À partir janvier 1972, Bandera Roja sortit ponctuellement. Tous les lecteurs attendaient son arrivée avec un grand intérêt. De plus, sa diffusion parmi les ouvriers était comme un rite pour les militants, quelque chose qui a perduré le long des années.

Pour éditer un Organe Central chaque fois plus en accord avec les exigences du mouvement et les nouvelles nécessités créées par le travail, les pages de Bandera Roja appelaient les camarades à faire des recherches sur les conditions dans lesquelles les masses travaillaient, luttaient et vivaient. Dans ce domaine, on dut aussi maintenir une lutte idéologique persistante contre les idées et les conceptions erronées:

Ces derniers temps -disait un article paru dans Bandera Roja numéro 37, décembre 1973-, avec l'apparition de certains journaux locaux, bulletins d'usine et nombreux tracts d'agitation (ce qui révèle le développement de l'Organisation sur tous les fronts), a surgi une discussion ample parmi les camarades à propos des problèmes d'agitation et de propagande dus, principalement, à ce que les matériaux en question ne satisfont pas dans une grande partie, ni par leur contenu ni par leur forme de rédaction [...]

Nombreux camarades ont l'idée que notre propagande (si on peut dénommer de cette façon ce qu'ils proposent) doit être orientée vers la grande masse. Ils ne comprennent pas que de cette façon nous devrions laisser de côté les vrais problèmes qui concernent le mouvement dans son ensemble et, par conséquent, nous arrêterions d'être communistes, fumerions le terrain à la bourgeoisie et nous situerions à l'arrière-garde du mouvement, émoussant la conscience des ouvriers avec la ‘bouillie’ économique et d'autres futilités de ce genre. Il est certain que nous ne pouvons abandonner la propagande et l'agitation économique: nous devons diriger et être à la tête aussi de cette partie de la lutte de classes. Toutefois, ce n'est pas le plus important (bien qu'il puisse être le plus répandu parmi les ouvriers dans un moment donné et durant un certain temps). Lénine disait que la lutte syndicale est comme l'arrière de la lutte générale du prolétariat, et qu'il y a certains ‘intellectuels’ qui adorent cette lutte, qui rendent un culte à l'arrière du prolétariat.

Dans notre Organisation, ces ‘intellectuels’ n'existent pas (il y a quelque temps que nous nous en sommes libérés), mais il y a la tendance au syndicalisme. Voyons un exemple: l'organe du Comité Régional de l'Andalousie. Y apparaît un article court sur notre propagande où, répondant à certaines critiques sur la façon de réaliser l'organe régional, on dit: ‘En théorie, les choses sont plus simples, mais dans la pratique la lutte de classes est plus complexe. Par exemple, dans une usine, les moyens utilisés pour nous exploiter sont plus complexes, on emploie de centaines de ruses et de magouilles. Donc, se proposer une action demande d'analyser et de mettre en relation les choses. En conséquence, cela sera un travail complexe’.

Nous sommes vraiment perplexes. De quoi se plaignent ceux qui nous font cette critique? De leur réponse on déduit que c'est à cause de l'excès ‘d'analyse’ des ‘complexes’ magouilles des... ‘usines’!

Ce n'est pas par hasard qu'on arrive à ces extrêmes, qu'on ne voit pas lucidement ce genre ‘d'analyse’ (car il s'agit de choses que les masses ne ‘comprennent’ pas). Ce n'est pas par hasard non plus que les camarades chargés de la rédaction de cet organe choisissent ‘l'exemple’ des ‘compliqués’ mécanismes d'exploitation dans l'usine, étant donné que plus des trois-quarts du journal sont consacrés à ces thèmes d'analyses ‘si profondes’. Où restent les problèmes vrais et compliqués de la reconstruction du Parti, de la révolution en Espagne, de la région et de son organisation, etc.?

Il semble que ces choses n'intéressent pas, qu'elles trouvent un mauvais accueil (on sait exactement pas qui), et c'est pourquoi on ne doit pas en parler. Inculquer plusieurs idées à peu de personnes, bien que ce soit la seule manière de résoudre tous les problèmes compliqués, doit être peu alléchant, car cela produirait l'impression d'être peu liés à ‘la grande masse’ par son arrière.

Vraiment, camarades, ‘en théorie les choses sont plus simples’ (et parfois on ne les voit pas non plus), ‘mais dans la pratique la lutte de classes est plus complexe’ de ce que reflètent ces organes de propagande de l'Organisation.

On peut dire la même chose des rapports internes. Il y eut une époque où, en raison de l'insistance du Comité de Direction, on commença à faire des rapports pour n'importe quoi. Cela fut rectifié en indiquant que les rapports doivent refléter les faits importants, les expériences, la situation des masses, l'activité de l'Organisation dans chaque endroit, etc. On dit: ‘il faut éviter la paperasserie faisant de vrais rapports politiques’. On a fait de progrès à ce sujet (cela ne fait pas de doute), mais la paperasserie subsiste et, encore pire, la tendance à faire des rapports où on analyse tout (on n'oublie rien) sauf ce qu'on doit vraiment analyser. Les camarades de Galice nous envoyèrent il y a peu de temps une bonne collection de ces écrits inutiles. N'est-il pas déjà l'heure d'en finir avec tout cela?

Les réseaux de distribution constituent aussi, comme on l'a déjà indiqué, une préoccupation constante. On doit créer, insistait-on, des réseaux amples de diffusion de notre journal et des autres matériaux de propagande liant cette tâche à leur discussion, au recueil de rapports en tout genre et au soutien économique pour l'Organisation [...] Il faut tenir compte qu'une personne qui reçoit régulièrement, qui discute et qui paie le journal, travaille pour la révolution et demain sera parmi ceux qui seront aux premiers rangs de la lutte contre les exploiteurs et les ennemis du peuple.

En plus de Bandera Roja, l'OMLE éditait aussi différentes brochures, dans le but d'élever le niveau politique des militants et de jeter les bases idéologiques du futur Parti. On rédigea une série de travaux où on abordait les questions principales qui préoccupaient les communistes à ce moment-là: la question syndicale, paysanne, nationale, estudiantine, etc. Les deux tomes de Contribution à une analyse des classes, de la lutte de classes et du développement du mouvement ouvrier dans l'Espagne des siècles XIX et XX furent le premier travail important d'investigation historique qui permit de démontrer la justesse des thèses défendues par l'Organisation par rapport au caractère monopoliste et fasciste du régime espagnol.

Les éditions des classiques du marxisme étaient aussi fréquentes, toujours liées à questions en relation avec la reconstruction du Parti; d'abord fut Lettre à un camarade, de Lénine; ensuite Matérialisme dialectique et matérialisme historique, de Staline et Contre le fascisme, de Dimitrov.

La lutte contre le parti carrilliste et la délimitation des camps avec le révisionnisme moderne fut une nécessité et une constante dans toute cette période: à part nombreux articles dans Bandera Roja, l'OMLE publia deux numéros extraordinaires, l'un dédié au voyage de Carrillo en Chine et l'autre dédié aux Commissions Ouvrières et au Procès 1.001; la thèse de la transition pacifique au socialisme fut dénoncée dans le travail intitulé La voie chilienne au socialisme est la voie chilienne au fascisme, écrit deux mois avant le coup de Pinochet et de la CIA. En dernier lieu, l'intense activité de masses que l'OMLE commençait déjà à déployer, et sa participation dans des luttes importantes, eut son reflet dans des publications extraordinaires dédiées à la Grève Générale Révolutionnaire de Vigo en 1972, et à celle de San Adrián del Besós (Barcelone) en 1973.

Comme disait Lénine, un bon mécanisme clandestin d'imprimerie exige une bonne préparation professionnelle des révolutionnaires et la division du travail la plus conséquente. À la tête de l'appareil de propagande, l'OMLE plaça l'un de ses militants les plus solides, Enrique Cerdán Calixto, artisan d'un style de travail qui se transmit au long des années et que permit d'améliorer petit à petit la qualité technique des publications et de vaincre les difficultés qu'imposait la clandestinité. À ce temps-là furent établis les principes qui régissent toujours l'appareil clandestin de propagande: qualité, ponctualité, quantité et économie.

On partait pratiquement de zéro, sans aucune expérience de ce genre de travail et avec une pénurie extrême de moyens: une machine à écrire, une semelle pour les enseignes et un duplicateur. Si ça n'était pas assez, les fonds pour le maintien de l'appareil sortaient du travail des militants. On souffrait vraiment de faim. Travailler dans la rue, travailler dans l'appareil, improviser et faire travailler sa matière grise, toujours soutenus par des camarades du Comité de Direction; voici les commencements de l'appareil central. Après, en raison d'un plus grand développement de l'Organisation, les conditions de travail furent améliorées: on put obtenir une machine meilleure, on apprit à insonoriser l'atelier et on disposa de quelque argent. La propagande de l'OMLE ne fit jamais de cadeau; même le dernier client payait le prix marqué, plus le soutien...

L'imagination et la volonté suppléèrent l'inexpérience et la pénurie et, le plus important, permirent de créer un style de clarté, de propreté, d'aménité et d'ardeur de surpassement qui définit mieux que rien l'activité de l'appareil Central de propagande.

2.5 La fusion des communistes galiciens avec l'OMLE

En Galice, l'OMLE connut une augmentation importante de ses rangs avec l'incorporation de nombreux militants communistes scindés du parti carrilliste et d'autres ouvriers provenant de Commissions Ouvrières. Cette importante scission, dont Abelardo Collazo Arauxo était à la tête, et la fusion de l'organisation résultante avec l'OMLE, coïncida avec la Grève Générale Révolutionnaire de Vigo de septembre 1972.

Les communistes galiciens avaient eu des expériences assez semblables à celles des communistes d'autres endroits d'Espagne, à la différence que, l'organisation carrilliste, compte tenue la jeunesse relative du prolétariat galicien, n'avait guère d'enracinement parmi les travailleurs. Cette circonstance rendait plus facile le développement de la lutte révolutionnaire de masses et l'implantation rapide d'une organisation marxiste-léniniste.

Dans cette nationalité, durant la deuxième moitié des années 60, les premières grandes transformations économiques se firent sentir et le mouvement migratoire intérieur s'intensifia. Avec l'expansion de la construction navale, Vigo et Ferrol devinrent des pôles d'attraction pour les masses paysannes appauvries. Beaucoup de jeunes de la campagne, devant l'alternative de mourir de faim sur leur parcelle ou d'émigrer à l'étranger, préférèrent aller travailler aux chantiers navals et dans les usines de création récente dans leur pays. C'est de cette façon que commença la formation d'un prolétariat jeune en Galice, sans la tradition révolutionnaire d'autres zones industrielles plus anciennes d'Espagne, mais aussi libre de préjugés politiques du réformisme et avec une mémoire fraîche de la répression fasciste et de la résistance armée.

Depuis 1966, les conflits de travail qui deviennent des luttes politico-sociales face aux licenciements et les actions policiers sont habituels. Dans toutes ces luttes se détachent les chantiers navals Barreras, Yarza (aujourd'hui Ascón) et l'entreprise Fegosán, où on commence à former une avant-garde organisée et où on lance des grèves. À partir de 1968 les révisionnistes avaient formé les Jeunesses Communistes, où s'engagea Abelardo Collazo, l'un des premiers ouvriers de Vigo chargés de leur organisation avec d'autres jeunes apprentis des chantiers navals Barreras. En ce temps-là, Abelardo venait de retourner de France, où il avait été obligé d'émigrer. Là, il avait travaillé chez Citroën et avait participé aux luttes du Mai français et dans de nombreuses manifestations en solidarité avec les peuples d'Espagne, de même que dans les luttes revendicatives des ouvriers étrangers de son atelier. Pour cette raison, il fut inclus sur la liste noire de l'entreprise. Toutefois, cela n'empêcha pas qu'à son retour en Espagne il soit admis dans la fabrique de Citroën à Vigo.

Abelardo Collazo fut le moteur principal de l'organisation communiste des jeunesses à Vigo et organisa les premières manifestations juvéniles réalisées en Galice contre le procès de Burgos en décembre 1970. En ce temps-là, il y eut aussi des arrêts partiels de travail dans les chantiers navals Barreras, où pour la première fois la grève fut déclarée dans la section des machines. L'entreprise exerça des représailles contre les ouvriers, Hierro Chomón fut licencié.

Dès lors, il s'opéra un changement radical dans l'organisation juvénile du parti révisionniste qui s'affronta à la position opportuniste et claudicante des petits chefs carrillistes. Ceux-ci ne purent empêcher que les jeunes s'organisent en cellules (et qu'ils réalisent des cours d'étude des classiques du marxisme-léninisme), qui s'affrontèrent à la majorité réformiste dans une séance préparatoire du Congrès de l'Union de Jeunesses Communistes d'Espagne, qui eut lieu à Paris le printemps 1971, où assista Abelardo Collazo, représentant des jeunes communistes galiciens.

L'une des difficultés principales était alors d'obtenir les textes interdits de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao, etc. dans la Galice isolée, et quand Abelardo, lors de cette même réunion parisienne, fit une commande très détaillée des œuvres fondamentales du marxisme-léninisme, Santiago Álvarez, le responsable principal du PCE en Galice, qui présidait la réunion, répliqua que les œuvres de Marx et Lénine n'étaient plus nécessaires maintenant, qu'il fallait lire les écrits de Santiago Carrillo. Devant ce manque de matériaux, les jeunes communistes de Vigo durent copier à la main Le Manifeste Communiste, de Marx et Engels, et s'approprier certains livres de la bibliothèque du consulat de Cuba.

Le changement opéré depuis 1971 dans les Jeunesses communistes transforma radicalement leur composition de classe. D'un groupe de petits-bourgeois jeunes, dont leur première tâche consistait à conspirer dans les cafés, l'organisation devint un groupement de jeunes ouvriers conscients et combatifs, prêts à embrasser le marxisme-léninisme et à mettre leurs énergies au service de la lutte pour le communisme.

À un tel changement correspondit une extension rapide de l'organisation que bientôt embrassa les usines les plus importantes de Vigo; des chantiers navals: Barreras, Vulcano, Freire, Ascón, Santo Domingo; du textile: Cortemans, Dresslok, Elcón; de la construction: Beyre, Misa et Costas, Forjas do Miño, Refrey, Cober, etc. Une section d'étudiants développait son activité politique dans les écoles techniques de Commerce et de Techniciens d'Industrie, de même que dans les lycées d'enseignement secondaire et dans diverses écoles privées comme le Curros Enríquez.

En réalité, par leur capacité d'organisation, par leur cohésion et leur discipline de parti, les Jeunesses Communistes étaient devenues une organisation parallèle s'affrontant au parti carrilliste sur bien des aspects.

2.6 Les tentatives de reformer le parti révisionniste depuis l'intérieur

Les luttes des apprentis de Barreras et Freire contre les patrons et les premières batailles de rue à Vigo exigeant la liberté des prisonniers politiques furent certaines des activités des Jeunesses Communistes en ce temps-là, en même temps que commencèrent les cours d'étude du marxisme-léninisme. La lutte de libération du peuple vietnamien fut suivie quotidiennement et on organisa des journées de solidarité dans le centre et dans les quartiers de la ville. Aux assemblées ouvrières sur ce sujet, de même que dans certaines réunions amples du parti révisionniste et des Commissions Ouvrières, se produisit une coïncidence des opinions exprimées par les militants les plus avancés du PCE et des Jeunesses, et se créa un courant de sympathie mutuelle qui après discussions et consultations parviendra à des accords d'action commune.

Les conceptions léninistes en matière d'organisation et le rapprochement progressif entre la jeunesse révolutionnaire et les militants communistes du parti carrilliste en Galice, leur permirent de découvrir des formes de lutte différentes et diamétralement opposées à celles défendues par la Direction. Cela les conduira à s'opposer d'une manière frontale aux consignes de participation aux élections du Syndicat Vertical fasciste (qui en Galice et d'autres endroits de l'État, ne groupait que les bureaucrates fascistes) et à proposer le boycottage par la classe ouvrière de ce syndicat; ils opposèrent la commission de délégués élue en assemblée aux comités d'entreprise (dénommés alors délégués syndicaux), l'utilisation des méthodes de lutte pacifiques ou violentes, aux occupations d'églises et aux suppliques aux évêques et autres autorités, etc.

À cette époque, tandis qu'ils dirigeaient la lutte de masses, certains commandos composés des ouvriers les plus avancés, suivant la tradition de A Comisión da Estaca des années trente, réalisèrent des actions de châtiment contre les informateurs et les briseurs de grève; de cette façon, on arriva à neutraliser pratiquement tous les collaborateurs de la police et du patronat.

Dans leurs actions, les jeunes révolutionnaires galiciens ne perdirent jamais de vue l'agitation et la lutte pour les droits nationaux de Galice. En avril 1971 eut lieu une manifestation en commémoration de l'anniversaire des Martyrs de Carral, qui symbolisent la longue lutte du peuple galicien par sa dignité et ses libertés nationales. Cette manifestation fut sévèrement réprimée par la police, provoquant quelques blessés et détenus. En réponse à la répression policière, le 29 avril un commando brûla un autobus et quatre fourgonnettes garés sur le parc de stationnement de la caserne de la police à Vigo.

Toutes ces expériences de lutte politique et syndicale furent synthétisées dans un document qui servit de plate-forme pour poursuivre la critique et l'opposition à la Direction du PCE. L'objectif du noyau révolutionnaire, qui s'était formé autour des hommes les plus conscients et de l'organisation de la jeunesse du parti révisionniste, n'était, en principe, que de corriger ce qu'ils considéraient comme des "erreurs de certains responsables", ils se proposaient de réformer le parti de l'intérieur. Cette ingénuité pouvait seulement s'expliquer par leur manque d'expérience et par la générosité et l'honnêteté de ces ouvriers conscients qui vraiment voulaient faire la révolution. Néanmoins, les bureaucrates corrompus du parti carrilliste ne pouvaient l'entendre de cette façon et commencèrent à réaliser un travail d'isolement et d'affaiblissement du noyau révolutionnaire.

Les petits chefs révisionnistes envoyèrent deux éléments ayant leur confiance absolue parlementer avec le comité des Jeunesses et tenter de leur convaincre qu'effectivement il serait possible de résoudre tous les problèmes au sein de l'organisation carrilliste. Ces éléments devaient d'abord les retenir, puis les affronter et les diviser. Pour leur part, les jeunes révolutionnaires, se fondant sur les principes du marxisme-léninisme que leur lutte quotidienne confirmait, firent diverses propositions tendant à implanter au sein du parti révisionniste le centralisme démocratique, l'organisation en cellules pour que la militance soit vraiment effective et pour bannir les pratiques réformistes et les suppliques dans les luttes revendicatives des travailleurs. En même temps, ils proposaient d'organiser les masses ouvrières en marge des voies institutionnelles du fascisme et de la bourgeoisie dénommée évolutionniste. Ces propositions furent acceptées alors par la Direction carrilliste, et conformément à cela, Hierro Chomón fut intégré dans le Comité Central du PCE de Galice; à son tour, Abelardo Collazo s'incorpora au Comité Local de Vigo. Avec ces concessions, la direction carrilliste considérait résolus les principaux problèmes posés.

Cependant, l'effet fut juste contraire à leurs intentions, puisque la lutte idéologique fut menée, avec toutes les conséquences, au sein même de ces conclaves, en particulier au Comité Local de Vigo qui se réunissait avec une certaine périodicité. La gravité et la ténacité avec lesquelles Abelardo Collazo défendait les positions marxistes-léninistes déchaînèrent la colère de ces grands pontifes. La lutte idéologique dépassa le cadre du Comité Local, où voulaient l'enfermer les opportunistes, et Abelardo commença à apparaître comme l'artisan principal du mouvement d'opposition au révisionnisme en Galice.

Au début de l'été 1971, les Jeunesses Communistes se prononcent publiquement, en assemblée, contre la participation aux élections syndicales, parce que ces élections appuient des institutions qui ne regroupent aucun ouvrier et qui servent seulement à les réprimer; elles critiquent aussi le Pacte pour la Liberté qui mettait les masses populaires au service du secteur dit évolutionniste de l'oligarchie. La réaction hystérique des caciques révisionnistes devant ces manifestations publiques leur fit comprendre encore mieux que les erreurs qu'ils critiquaient n'étaient qu'un abandon sur toute la ligne des principes marxistes-léninistes et, par conséquent, une trahison à la cause ouvrière et populaire.

Conséquent avec ses critiques du révisionnisme et avec la pratique développée parmi les masses, à partir de ce moment-là, le comité des Jeunesses Communistes de Vigo abandonna ses efforts pour réformer le parti révisionniste et se fixa comme l'objectif immédiat de regrouper le maximum de forces autour des principes du marxisme-léninisme, pour rétablir le vrai Parti Communiste dont la classe ouvrière a besoin. Ce Parti devrait recueillir les expériences des luttes des masses des dernières années et poursuivre les traditions révolutionnaires du PCE, que dirigeait José Díaz durant la guerre civile.

La scission était déjà une réalité, bien que formellement les relations et les liens avec le parti carrilliste continuaient. La fraction révolutionnaire avait déjà sa structure organique indépendante -qui adopta le nom d'Organisation Ouvrière- et réalisait un travail de propagande et d'agitation en marge des révisionnistes. De sorte que, si la scission ne s'était pas encore produite, c'était parce qu'ils pensaient attirer certains militants honnêtes qui faisaient encore confiance à la bande carrilliste et qui suivaient ses consignes. Ces jours-là, arrivèrent à Vigo les premiers numéros de Bandera Roja, journal qui éveilla la sympathie générale puisqu'il partageait le même objectif de reconstruction du Parti et la même lutte de principes contre le révisionnisme. Arrivèrent aussi les premières brochures: la Lettre à un camarade, de Lénine; les Questions du léninisme de Joseph Staline et quelques autres brochures de la Grande Révolution Culturelle Chinoise. La brochure de Lénine réaffirmait les critiques du réformisme et de la politique des fractions des révisionnistes, définissait le rôle du parti du prolétariat et dessinait la figure du révolutionnaire professionnel; la deuxième brochure était une synthèse nécessaire du léninisme auquel les révisionnistes avaient renoncé; enfin les brochures chinoises faisaient comprendre les problèmes de principes provoqués par la rupture au sein du mouvement communiste international.

Le plus important furent les contacts établis. Au cours d'une première réunion avec des camarades de l'OMLE on discuta de la situation politique et la ligne à suivre pour reconstruire le Parti; les camarades d'Organisation Ouvrière (réaffirmant leurs critiques de la politique révisionniste) se montrèrent d'accord, mais surgirent des différends à l'heure de définir le chemin à suivre pour la rupture avec les carrillistes, ce qui rendait difficile la fusion. L'OMLE avait déjà d'expérience de ce type de processus et affirma la nécessité d'une rupture claire avec les révisionnistes, dans le but de travailler unis et de façon conséquente à la consolidation de l'alternative: une ligne politique et une organisation prolétarienne indépendante.

En général, la nécessité de la rupture était claire; comme le disait Abelardo Collazo, ce qui était vraiment révolutionnaire c'était, en effet, de ne pas faire de concessions au révisionnisme et de travailler pour la fusion avec l'OMLE, l'union restant subordonnée à une connaissance plus étroite de la pratique révolutionnaire, puisque dans le domaine des principes les coïncidences étaient totales.

La lutte idéologique au sein du parti révisionniste acquit alors une plus grande virulence, si bien que les carrillistes, que n'osaient utiliser la violence contre le fascisme, menacèrent de l'utiliser contre les maoïstes, comme ils commencèrent à dénommer les camarades d'Organisation Ouvrière.

En Janvier 1972, les carrillistes, comme ils le faisaient dans d'autres domaines, cherchèrent à utiliser la classe ouvrière pour renforcer leur pacte avec la bourgeoisie; ils tentent de lancer une grève générale sans aucune préparation, en essayant d'éviter des troubles aux patrons, qu'ils veulent convaincre de la nécessité du Pacte. Organisation Ouvrière dénonce cette manœuvre liquidatrice et les événements se précipitent: dans une assemblée populeuse qui eut lieu à Zamáns pour discuter les problèmes d'un tel appel, les jeunes communistes dénoncèrent devant les ouvriers réunis - les plus conscients de chacune des usines de Vigo - les carrillistes comme vendeurs d'ouvriers et ceux-ci durent abandonner l'assemblée au milieu des huées générales.

Pour le moment, ces manœuvres avaient avorté, mais le plus important fut que la scission devint définitive; l'Organisation Ouvrière signerait à partir de ce moment-là ses proclamations.

La majorité des membres des Jeunesses, autant que les vrais communistes du PCE, se regroupèrent dans Organisation Ouvrière. Les contacts avec l'OMLE continuaient avec régularité tandis que la collaboration devenait plus étroite; dans Bandera Roja, on commença à publier des chroniques et des articles envoyés depuis la Galice. Abelardo Collazo fut le chargé de maintenir ces contacts durant toute cette période.

Depuis lors, le révisionnisme en Galice devint un phénomène marginal, enkysté dans la petite bourgeoisie urbaine, la classe qui l'abrita, et dans certains secteurs de l'aristocratie ouvrière.

2.7 La Grève Révolutionnaire de Vigo et la fusion d'Organisation Ouvrière avec l'OMLE

Les victorieuses luttes sociopolitiques qui commencèrent dans les chantiers navals Barreras en février 1972, furent dirigées par Organisation Ouvrière, de même que les actions de solidarité avec les ouvriers assassinés à Ferrol pendant les luttes de mars et celles qui se reproduisent en mai dans Barreras et d'autres chantiers navals de Vigo. La situation dans les usines avait provoqué un revirement en peu de temps. La combativité des ouvriers augmentait après la mise à l'écart des révisionnistes et de leurs pratiques réformistes. De plus, les actions musclées qu'Organisation Ouvrière développait contre les informateurs et les briseurs de grève effaçaient la peur et insufflaient le courage dans les usines et les centres de travail.

Les relations entre l'OMLE et Organisation Ouvrière étaient en train de se consolider de plus en plus sur la base du marxisme-léninisme et de la lutte commune. La collaboration désintéressée et inconditionnelle de l'OMLE gagna petit à petit la confiance des membres d'Organisation Ouvrière les convainquant de son caractère communiste; mais sa force fondamentale résidait dans la méthode politique qu'elle appliquait pour la reconstruction du Parti. Deux organisations communistes s'étaient trouvées et si elles l'étaient vraiment leur existence séparée n'avait pas de sens; cela, qui avait projeté lors des premiers contacts, était de mieux en mieux compris au sein d'Organisation Ouvrière. La rupture avec les révisionnistes était déjà considérée comme un fait irréversible et il n'y avait plus aucun obstacle à la fusion. Les événements de septembre allaient se charger de sceller la fraternité des communistes galiciens avec l'OMLE.

En Septembre 1972, les révisionnistes font de nouveau appel à la grève générale, tentant de manipuler le climat de lutte régnant partout au bénéfice de leur politique. La grève programmée par les révisionnistes -disait en octobre de cette année Bandera Roja-, sans aucun motif ni objectif clair, ne cherchait qu'à détruire l'unité et la combativité atteinte et faire avorter le mouvement de solidarité avec les ouvriers mis en examen pour les événements de Ferrol (ainsi que démontrer à la bourgeoisie leur ‘influence’). La convocation fut suivie seulement à Citroën, où ils avaient encore quelques adeptes parmi l'aristocratie ouvrière de cette usine. Le gouvernement répondit avec la plus grande brutalité: des dizaines de licenciés, de détenus et de torturés, la ville prise par les antitroubles et les forces de l'armée consignées.

Organisation Ouvrière, qui avait dénoncé la manœuvre politique qui cachait cet appel, poussa et dirigea les luttes de solidarité avec les ouvriers objet des représailles de Citroën, en organisant la Grève Générale Révolutionnaire qui, à partir le 11 septembre et durant quinze jours, mobilisera 35.000 ouvriers, qui accueillirent et qui firent leurs les consignes antifascistes et antirévisionnistes des tracts et des meetings: Non aux licenciements, non aux arrestations! Tous dans la grève dès maintenant! Courage, camarades de Citroën, vous pouvez compter sur le soutien des ouvriers et du peuple! Contre les manœuvres capitalistes et son régime fasciste! Aujourd'hui pour ceux de Citroën, contre la répression et l'exploitation fasciste des banquiers, des propriétaires terrains et des industriels! Ni le Conseil des prud'hommes, ni le Syndicat fasciste, ni le Gouverneur, ni aucune autre autorité fasciste ne feront rien pour nos camarades licenciés et mis en examen! (29).

La grève commença mettant en pratique un procédé de lutte écarté durant plusieurs dizaines d'années de répression et de réformisme: le piquet. Plusieurs groupes de centaines d'ouvriers, conduits par des agitateurs chevronnés, parcouraient les différentes usines aux heures les plus propices (l'entrée ou la sortie du travail), organisant des assemblées sur place, où on décidait de se joindre à la grève; l'engagement était scellé par un vote à main levée et en général à l'unanimité.

L'organisation des communistes (Organisation Ouvrière) garantissait la continuité de la lutte à travers un réseau de contacts personnels et de liens de toute sorte vraiment ingénieux. Il était relativement facile de convoquer tous les jours des manifestations de milliers d'ouvriers dans un point concret de la ville, prenant par surprise la police. Lorsqu'elle arrivait sur la zone de concentration, les ouvriers érigeaient des barricades empêchant son accès. Devant une telle situation, les chefs de la répression décidèrent d'occuper la ville rue par rue et coin par coin. Et les commandos apparurent, des groupes d'ouvriers qui harcelaient la police partout, déchaînant une vraie guérilla et la lutte de barricades. Des murailles de feu imposantes et toute sorte d'obstacles étaient élevés dans les rues qui reliaient le centre de la ville aux quartiers ouvriers; parfois cela empêchait l'accès de la police, d'autres cela servait de manœuvres de distraction qui favorisaient les manifestations et les assemblées dans les zones libres des antitroubles. Lorsque l'affrontement était inévitable, on arrivait au corps à corps de la façon la plus naturelle, malgré la disproportion des forces: fusils contre poings et pierres. Les ouvriers commencèrent à demander des armes, chose qui n'a pas cessé de s'entendre depuis dans toutes les grandes luttes de masses déclenchées en Espagne année après année.

À bas le fascisme ! était le cri unanime de ce jeune prolétariat de Vigo qui pour la première fois était descendu dans la rue pour empêcher que ne se réalisent les manœuvres de la bourgeoisie et pour que les licenciés de Citroën soient réintégrés et les détenus mis en liberté. Avec ce cri, ils entraînèrent derrière eux toute la ville; les petits commerçants supprimaient les dettes des ouvriers et offraient des vivres; dans plusieurs brasseries on ne servait pas la police qui occupait la ville et les pêcheurs cédaient leur portion aux grévistes.

La lutte avait pris une telle amplitude et se reflétait dans la conscience de tout le peuple d'une façon telle, que les fascistes durent manœuvrer et faire de concessions pour mettre fin à ces journées révolutionnaires. Ils avaient tenté par tous les moyens de les isoler, avec la collaboration vile des carrillistes. Et ils durent faire la promesse publique de réadmettre tous les licenciés et de libérer les détenus pour mettre fin à la grève. Par contre, la répression se déchaîna au moment de la reprise du travail, bien que les détenus fussent libérés. Cette répression obligea Abelardo Collazo -qui durant ces journées historiques de barricades s'était imposé comme dirigeant reconnu et indiscutable du prolétariat galicien- à passer à la clandestinité. De nombreux ouvriers furent détenus, torturés et ensuite condamnés à de longues peines de prison.

Si la Grève Générale Révolutionnaire supposa un saut qualitatif dans la conscience de classe du prolétariat galicien, les conséquences pour sa jeune organisation d'avant-garde ne furent pas inférieures. Depuis le début même de la lutte, l'OMLE avait soutenu de toutes ses forces le mouvement; tous les jours il y avait des contacts entre les deux organisations et le poids de l'agitation, lorsque la police prit l'appareil de propagande, fut assuré par l'OMLE, qui procura des milliers de tracts. Ce qui est encore plus important, tandis que le révisionnisme et les autres groupes opportunistes tentaient par tous les moyens d'étouffer le mouvement, seul l'OMLE organisa partout la solidarité avec le prolétariat de Vigo.

Deux organisations se donnaient la main au milieu des grands combats de la lutte de classes, ainsi le comprirent les camarades d'Organisation Ouvrière qui s'incorporèrent tout de suite à la grande tâche commune de tous les communistes.

On arriva à la fusion au cours même des manifestations et Organisation Ouvrière adopterait à partir de ce moment-là le nom d'Organisation Marxiste-Léniniste de Galice. La lutte commune avait favorisé l'unité: La lutte de classes du prolétariat de Vigo -disait ces jours-là un document interne de l'OMLG- contre le fascisme et le révisionnisme n'a pas touché seulement d'une façon claire et directe la situation interne de l'OMLG, mais a aussi mis en évidence la nécessité du parti révolutionnaire du prolétariat. Elle a radicalement distingué le camp du marxisme-léninisme de l'opportunisme de gauche, allié naturel du révisionnisme, et a marqué la ligne à suivre par le prolétariat de toute l'Espagne dans sa lutte antifasciste en anti-impérialiste.

Cette ligne de lutte et d'unité allait favoriser la bonne issue de la tâche de reconstruction du Parti. Comme l'avançait Bandera Roja analysant cette fusion en février 1973: Notre Organisation (OMLE-OMLG) et les noyaux communistes marxistes-léninistes des autres nationalités qui ont fait cause commune dans la tâche de reconstruction du Parti de la classe ouvrière d'Espagne, indiquent le chemin (à travers une direction unique et centralisée) et établissent les bases politiques, idéologiques et organiques qui permettront d'atteindre cet objectif dans le moins de temps possible.

La décision des communistes galiciens de s'associer aux tâches de reconstruction du Parti, sur la base d'une direction centralisée, et unis aux communistes de tout l'État, dépasse les limites de la nationalité et devient un exemple d'unité pour la classe ouvrière dans toutes les nationalités d'Espagne. Abelardo Collazo, qui avait été le plus enthousiaste défenseur de la fusion, serait aussi le plus implacable critique des positions vacillantes et petites-bourgeoises qui apparurent au sein de l'OMLG à l'heure d'affronter les nouvelles responsabilités qu'exigeaient la lutte contre l'État fasciste.

Lui-même dut s'incorporer tout de suite aux tâches de direction de l'OMLE et commença à développer une intense activité de propagande et d'éducation dans des réunions de cadres ou avec les comités régionaux et locaux de l'Organisation dans tout le pays, expliquant les expériences des luttes de Vigo et en encourageant tous dans la grande tâche de reconstruction du Parti Communiste. Abelardo Collazo, Hierro Chomón -qui était sorti de la prison de Jaén à la suite d'une grâce générale- et d'autres formèrent la délégation de l'Organisation de Galice à la I Conférence. On renforça en Galice le Comité National de l'OMLG avec eux, et on commenca à éditer son organe de propagande: Setembre Roxo. L'activité révolutionnaire en Galice enregistra un nouvel élan. L'Organisation s'étendit à Ferrol (le deuxième centre industriel de Galice), à Santiago et à la région agricole et de pêche de O Salnés.

3. La célébration de la Ière Conférence

3.1 Préparation de la Conférence

Depuis moitié 1972, le Comité de Direction de l'OMLE estimait nécessaire de réaliser une Conférence de toute l'Organisation pour analyser les expériences et les réussites obtenues depuis la V Réunion Générale, pour développer la Ligne Politique et pour donner une nouvelle impulsion à tout le travail pour la reconstruction du Parti.

Durant cette période, l'OMLE avait participé activement à des luttes de masses importantes, souvent à leur tête. En plus des récentes luttes révolutionnaires de Vigo - grèves qui eurent une grande répercussion dans les milieux ouvriers de Madrid et dans d'autres centres industriels du pays, dû en bonne partie à l'agitation réalisée par l'OMLE -, l'organisation avait aussi participé à la grève de la construction de Cádiz, de l'usine SECEM de Córdoba et aussi celles de la construction et de quelques usines de Madrid.

Cette participation active dans les luttes ouvrières procura une assise à l'Organisation parmi les ouvriers d'avant-garde; les différents organismes d'OMLE - les cellules et les comités - avaient été aussi renforcés. Les comités de Madrid, de Cádiz et de Vigo disposaient déjà de leurs appareils de propagande et faisaient de l'agitation régulièrement, renforçant le travail que faisait l'Organe Central, ainsi que d'autres publications éditées par le Comité de Direction.

Cette croissance de l'Organisation et la plus grande complexité des tâches avaient mis en évidence de nouveaux problèmes et quelques erreurs qu'il fallait enrayer.

Dans le domaine politique, les conditions étaient aussi favorables pour convoquer la Conférence. Les contradictions de classe en Espagne devenaient de plus en plus aiguës, la crise du régime s'accentuait et les luttes populaires prenaient un nouvel essor; c'est pourquoi était de plus en plus nécessaire la présence d'une avant-garde marxiste-léniniste partout dans le pays, liée aux masses et avec une ligne politique d'action claire.

En Janvier 1973, le Comité de Direction convoque la Ière Conférence de l'OMLE, en précisant ce que devrait être sa consigne centrale: la participation des militants et de la classe ouvrière, liant de cette façon le plus grand nombre possible d'ouvriers avancés aux tâches de reconstruction du Parti. Pour cela, le Comité de Direction entama une vaste campagne de discussion des Projets à débattre dans la Conférence, en même temps que démarra une campagne de rectification des erreurs commises dans les méthodes de travail et de direction.

Les Projets du Programme et des Statuts qui devaient être approuvés dans la Conférence et différents articles parus dans Bandera Roja, qui recueillaient les expériences d'organisation et de propagande et quelques questions sur des points concrets contenus dans les Projets, furent présentées dans des assemblées clandestines où les ouvriers discutaient et faisaient des propositions recueillies pour leur débat postérieur dans la Conférence.

Les méthodes artisanales de travail en matière d'organisation, l'esprit de clocher, l'application erronée des principes de militance, la désorientation devant les nouvelles tâches ou de fois leur inexécution, des erreurs dans les méthodes de direction (le sectarisme, le libéralisme, le manque de plans ou l'imprévoyance), voici certaines des questions les plus débattues pour l'Organisation à tous les niveaux.

Le numéro de Bandera Roja de mars 1973 fut consacré presque intégralement à exposer cet ensemble de problèmes: <

Bien que les erreurs commises aient une certaine relation avec les méthodes de travail et de direction, il faut considérer que le fait de ne pas avoir tenu suffisamment compte de la ligne qui sépare l'Organisation des masses, c'est-à-dire, des principes de militance, en a constitué la cause principale.

L'Organisation doit être composée (contre ceux qui défendent ‘l'égalitarisme’ en matière d'organisation) par des noyaux réduits de militants qui font des tâches révolutionnaires leur profession et que concentrent dans leurs mains les questions clandestines ou ‘conspiratives’. Par ailleurs [...] en plus de ces noyaux réduits, l'Organisation est composée de larges cercles d'usines, de quartiers, de centres d'enseignement, etc., autour lesquels doivent tourner toute sorte d'organisations de masse (si ouvertes et variées soient-elles tant mieux) maintenant des liens et des relations les plus étroites et amicales possibles avec notre Organisation Communiste.

Tout au long de cette campagne de rectification des mesures furent prises tendant à rendre effective la directive que les délégués à la Conférence soient de vrais représentants d'organisations communistes, de parti, qui se distinguent par leur liaison avec les masses et leur capacité de travail.

Le premier résultat de cette campagne ample et variée de préparation de la Conférence fut que le travail des militants reçut un essor formidable faisant participer les ouvriers non seulement à la diffusion et à la discussion des documents, mais aussi à la collecte de fonds, etc. Par exemple, dans les chantiers navals Euskalduna (en Bizkaia), les camarades mettaient un seau aux portes des bureaux les jours de paie et la majorité des ouvriers y déposaient ponctuellement leur contribution économique à la cause. Dans les Cercles de la construction de Madrid furent célèbres en ces temps-là les samedis communistes: les collègues du plâtre faisaient de petites bricoles les jours fériés et donnaient les bénéfices à l'OMLE. Évidemment, un important secteur de la classe ouvrière commençait à sentir l'OMLE comme leur.

Début 1973, l'OMLE étendit ses activités de propagande à Euskal Herria et à la Catalogne où, depuis un certain temps, Isabel Llaquet rendait visite aux cercles d'ouvriers sympathisants de l'Organisation. Cependant, l'activité de l'Organisation ne se réduirait pas à travailler seulement parmi la classe ouvrière, bientôt elle commença à introduire des militants dans d'autres secteurs de la population, pour développer un travail politique et idéologique et pour contribuer à leur organisation indépendamment de la grande bourgeoisie. Le premier résultat de ce travail fut la création d'un noyau d'intellectuels -qui quelque temps après publierait un magazine dirigé à ce secteur- et un autre de professionnels qui commencèrent à soutenir les détenus politiques. En outre, l'OMLE s'établit fermement parmi les étudiants des universités de Madrid, Séville et Santiago principalement à travers les Comités de Lutte Estudiantins.

La Ière Conférence eut lieu en juin 1973 (presque cinq années après la réunion de fondation), à l'intérieur d'Espagne et dans des conditions d'extrême clandestinité. Cette réunion sera connue ultérieurement par les militants de notre Parti comme la Conférence des Lions (parce qu'elle eut lieu dans un chalet situé au col du même nom, proche des Ángeles de San Rafael, entre les provinces de Madrid et de Ségovie, dans la Sierra de Guadarrama), et y participèrent une trentaine de délégués représentant la presque totalité des organisations de l'OMLE.

Enrique Cerdán Calixto fut le responsable du comité d'organisation chargé de tous les préparatifs de la réunion et de recevoir les camarades arrivants. De divers rendez-vous échelonnés garantissaient la sécurité de la réunion. Tout était bien organisé et rien n'était laissé à l'improviste. Lorsque nous arrivâmes, un salon de réunions était déjà préparé et prêt pour commencer le travail: chemises, stylos, consignes sur les murs et les portraits de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao et José Díaz; il y avait aussi une exposition de matériaux de propagande de l'Organisation: livres, affiches, tracts d'agitations, collections de Bandera Roja; au rez-de-chaussée, une salle à manger avec les provisions nécessaires, etc.

Préalablement, on avait discuté en détail les matériaux préparatoires. L'ordre du jour de la réunion, qui dura cinq jours, était le suivant:

1. Lecture de rapports
2. Discussion des Projets des thèses programmatiques et des Statuts
3. Élection du Comité de Direction.

La première fonction de la Conférence avait été déjà fixée, de même que les critères pour l'élection des délégués. Bandera Roja de mars 1973 la résumait de cette façon: La Conférence étant l'organe suprême de l'Organisation (plus tard ce sera le Congrès du Parti), les délégués qu'y assistent sont les porte-paroles des organisations dont ils sont adhérents et ils se soumettront dans la Conférence aux résolutions prises par la majorité, n'étant liés à aucun mandat ‘impératif’ d'un autre organisme.

Cette Ière Conférence eut une grande importance. Dans ces conditions de rigoureuse clandestinité, les opportunistes de gauches ne réalisaient pas de réunions larges de militants, et encore moins à l'intérieur d'Espagne. L'OMLE s'éloignait d'eux aussi sur cette question, ce qui contribuait à renforcer la confiance des militants qui pour la première fois cohabitaient durant quelques jours avec des camarades arrivés de différentes régions et nationalités, avec des ouvriers des usines de Vigo, de Bilbao et la ria, du Baix Llobregat, de la construction, de la métallurgie et du textile de Madrid, du Port de Cádiz... Plusieurs d'entre eux n'avaient pas encore une vision d'ensemble de l'Organisation, ni n'avaient compris dans toute son ampleur la méthode de travail et la vraie conception communiste qui nous animaient tous.

Le travail fut dur et les discussions minutieuses, mais on fit la synthèse des expériences de quelques années de lutte dans les premiers documents programmatiques de l'Organisation. Chaque exposé, chaque thèse et parfois chaque mot étaient soumises à débat et votes; il n'existait pas encore entre nous beaucoup de clarté d'idées ni de cohésion, et les discussions se prolongeaient et s'envenimaient parfois. Nous manquions d'expériences dans ce genre de tâches et la Conférence allait servir aussi dans ce domaine de préparation au Congrès.

3.2 Les résolutions de la Conférence

Le rapport sur le travail réalisé par le Comité de Direction, présenté par Manuel Pérez Martínez au cours de la séance d'ouverture de la Conférence, résume et évalue le travail de l'OMLE jusqu'alors: Le temps écoulé depuis la naissance de l'OMLE, en novembre 1968, qui culmine avec la célébration de notre Conférence, a été, sans aucun doute, l'une des périodes de plus grande confusion et désorganisation subie par les masses ouvrières et populaires en Espagne depuis la fin de la Guerre Nationale Révolutionnaire.

Durant cette période, le fait le plus remarquable, avec l'augmentation du mécontent populaire et des luttes révolutionnaires spontanées, a été que la classe ouvrière s'est trouvée désorientée et désorganisée dû à la désagrégation du Parti Communiste aux mains de la clique carrilliste et à sa criminelle politique de Réconciliation Nationale. Malgré ces difficultés, le mouvement ouvrier marxiste-léniniste s'était développé avançant vers la formation d'une avant-garde vraiment communiste. Nonobstant: Il nous reste encore beaucoup à faire -poursuit le rapport- sur le chemin qui conduit à la reconstruction du Parti, pour être à sa tête et développer largement le mouvement révolutionnaire de masses, et il y a de nombreux communistes dans notre pays qui n'ont pas encore trouvé ce chemin ni leur organisation... Telle est la signification de notre Conférence, la finalité de sa convocation: persévérer dans notre travail pour atteindre l'objectif de la reconstruction du Parti et pour faire les nouveaux pas que cela exige en rapport avec nos forces et en accord avec les expériences accumulées par notre Organisation durant ces quatre dernières années de lutte.

Concernant les problèmes multiples qu'impliquait la reconstruction du Parti, le Rapport signalait qu'ils devaient être résolus en étroite relation avec la lutte du mouvement de masses, démontrant ainsi, jour après jour, que l'OMLE était l'avant-garde du prolétariat et gagnant son soutien et sa reconnaissance. À ce sujet, le Rapport concluait sur la réflexion suivante: Nous sommes encore loin d'avoir réussi. Nous ne le cachons pas, puisque nous dédions actuellement les trois-quarts de notre travail à surmonter la situation créée par le révisionnisme. Sur la base de la connaissance de ces conditions et surtout, de nos propres limites, armés à tout moment du marxisme-léninisme, nous appuyant sur les masses et sur nos propres forces et expériences, nous pourrons poursuivre notre avance et créer les bases politiques, idéologiques et organiques indispensables à l'existence du Parti. Voici notre position à ce sujet, éloignée du spontanéisme comme de la précipitation et de toute sorte de subjectivisme.

Dans les débats de la Conférence, les analyses à propos de la structure économique et sociale de l'Espagne et ses antécédents historiques occupèrent une place marquante, et furent recueillis dans le projet de Ligne Programmatique.

Ce projet exposait à grands traits l'histoire du développement capitaliste mettant en relief le rôle révolutionnaire du prolétariat:

En Espagne, le rôle du prolétariat s'est accru à cause de l'incapacité de la bourgeoisie de mener à bien le processus révolutionnaire à l'époque où elle aurait dû le faire.

Avec le soulèvement militaire fasciste du 18 juillet 1936, une nouvelle étape de la révolution en Espagne s'était ouverte. Depuis lors -signale la Ligne Programmatique- jusqu'à nos jours, se sont toujours affrontées en Espagne la révolution et la contre-révolution, la grande majorité du peuple et l'infime minorité oligarchique... Il n'y a pas de terrain intermédiaire ni de solutions politiques intermédiaires, ni une autre voie vers la révolution socialiste: soit on est avec l'oligarchie, avec le fascisme, contre la démocratie et le socialisme, soit on est avec la grande majorité du peuple, avec la démocratie et le socialisme, contre le fascisme.

La défaite de la cause populaire dans la Guerre entraîna pour la vie des masses une longue période de surexploitation, de terreur et d'énormes sacrifices, qui ont été la caractéristique du régime dominant l'Espagne jusqu'à nos jours. Toutefois, pendant cette période s'est aussi produite une transformation historique des structures économiques et de la composition sociale d'Espagne. Cela s'est produit sans révolution, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de luttes, ni non plus que cela se soit produit de façon pacifique. On ne peut pas séparer le développement économique de type monopoliste, du régime de terreur établi en 1939 après plus d'un million de morts. L'État fasciste servit le capital financier pour mener ce développement économique et pour étouffer dans le sang les contradictions aiguës entraînées par ces transformations.

Les principaux changements qui se sont produits dans la structure économique-sociale d'Espagne ont été:

Transformations dans la campagne. L'aigu problème du déphasage de la campagne par rapport aux autres secteurs de l'économie se posait à l'oligarchie, ce qui était un poids mort pour le décollage industriel. Les objectifs dans ce domaine consistèrent à fournir l'industrie en expansion de main d'œuvre abondante et à bas prix, à obliger la force de travail excédentaire à choisir l'alternative de l'émigration en Europe et ainsi éponger le déficit commercial et, pour finir, capitaliser la campagne.

La mécanisation et l'application de la chimie permirent d'augmenter la productivité du travail agricole, au point que la production dans ce secteur passa de 213,1 milliards de pesetas en 1960 à 284,3 milliards en 1970; et cela, malgré la réduction considérable du nombre de travailleurs. Les machines et les engrais envahirent les champs, remplaçant les animaux de trait et les méthodes semi-médiévales de travail. Le numéro de moissonneuses-batteuses passa de 5.000 en 1960 à 32.600 en 1970. Dans la même période, les tracteurs augmentèrent de 57.800 à 270.000 unités.

En Andalousie, en Extremadure, La Mancha, etc., la capitalisation de la campagne fut favorisée par la grande concentration de la propriété privée de la terre. Aujourd'hui, ces grandes fermes sont devenues des entreprises qui exigent la collaboration étroite d'un grand numéro d'ouvriers pour qu'elles soient viables. C'est pourquoi la consigne ‘la terre à celui qui la travaille’ a perdu sa valeur ancienne. La seule alternative juste aujourd'hui est celle qui propose l'expropriation radicale des latifundiua au bénéfice des travailleurs.

Dans la région castillane-léonaise et cantabrique prédomine la moyenne et petite paysannerie. Durant la période des vaches grasses, dans ces régions fleurit une paysannerie qui bénéficia de l'émigration de ses voisins, des facilités de crédit et des aides de l'État pour agrandir et moderniser ses exploitations. Ce processus de modernisation a fini, avec les temps, par devenir pour les moyens et petits paysans un nœud coulant à l'extrémité tenue par la grande banque privée et les monopoles (commerciaux principalement).

Au contraire, la campagne galicienne ne bénéficia guère de la modernisation des années du ‘miracle économique’. La division extrême de la propriété, le minifundium, la faiblesse du commerce, etc. sont quelques-unes des entraves infranchissables pour l'industrialisation de la campagne galicienne. La réorganisation du territoire et de la propriété agricole en Galice est une nécessité impérieuse désirée par la masse des paysans semi-prolétaires et des petits paysans, mais on ne pourra la réussir qu'à travers un processus révolutionnaire qui balaye tous les restes médiévaux et les pratiques du caciquisme.

En Catalogne et Euskal Herria, le fort développement industriel donna lieu à la consolidation et à la prépondérance dans la campagne du paysan moyen, maître d'exploitations assez techniques et modernisées qui le rapprochent du prototype du fermier européen.

Dans l'industrie. Dans la nouvelle étape commencée sous le signe des Plans de Développement, le rôle de l'État comme investisseur et régulateur de l'activité économique va être fondamental. À partir de 1963, la création de nouvelles usines comme le transfert et l'agrandissement de celles déjà existantes resta libre; on s'ouvrit à la technologie étrangère et aux compagnies transnationales. Ainsi surgirent de nouvelles zones industrielles dans des régions traditionnellement agraires (Valladolid, Zaragoza, Andalousie, Galice) et à Madrid; d'autres zones comme Barcelone, Levante, Asturies et Euskal Herria s'agrandirent. De grandes fabriques industrielles furent mises en place et, en dépendant, de nombreuses petites et moyennes industries qui arrivent à représenter les 99,9 pour cent des 350.000 entreprises industrielles, et presque 70 pour cent par rapport au nombre d'ouvriers employés.

On arrive ainsi en 1970 à une situation où les 35,8 pour cent du Produit Intérieur Brut sont générés par le secteur industriel, face aux 14,4 pour cent du secteur agricole et de la pêche et aux 49,8 pour cent du secteur services; en 1960 cette proportion était d2 29 pour cent face à 22'2 pour cent et 48'8 pour cent respectivement.

Dans la structure de la société. La libération de la main d'œuvre permit une rapide croissance du prolétariat des industries de transformation et sa concentration dans les grandes villes. En 1970, celui-ci atteignit le chiffre de 4,7 millions (37,2 pour cent du total de la population active, 8,6 pour cent d'entre eux dans la construction). De cette façon, le prolétariat devint la classe la plus nombreuse de la population. Le nombre de travailleurs du secteur services (33,3 pour cent du total) augmenta aussi; secteur qui vit augmenter le pourcentage de travailleurs, les petits commerçants étaient ruinés par la création des grands magasins, des grandes entreprises de transport, etc. Par ailleurs, durant cette époque d'expansion économique prolifèrent d'innombrables petites affaires, ce qui contribua à la constitution d'une importante petite et moyenne bourgeoisie. C'est dans l'agriculture, l'élevage et la pêche qu'il y aura une réduction spectaculaire de la population active, réduite en 1970 à seulement 29,5 pour cent.

Toute l'Espagne s'était transforma: la mécanisation de la campagne, son dépeuplement, les pôles industriels et les grandes industries, le tourisme, l'émigration massive dans les villes, les quartiers ouvriers, l'élévation générale du niveau de vie et de consommation, etc. configurent un paysage, une forme de vie et une mentalité radicalement différente de l'Espagne des années trente. L'émigration a eu une incidence importante: en 1968, l'Institut National d'Émigration chiffrait à 1.222.000 le nombre d'Espagnols résidant en Europe, plus de la moitié d'entre eux était sortie avec un contrat de travail pendant les années du ‘miracle espagnol’.

Dans la classe dominante. Une conséquence importante du développement capitaliste d'Espagne fut l'intégration complète de la grande bourgeoisie basque et catalane dans le giron de l'oligarchie centraliste dont elles sont une part inséparable. En cette intégration économique réside la cause du processus de dénationalisation des anciennes bourgeoisies nationalistes, au bénéfice de la politique centraliste de la caste dominante.

Quatre noyaux fondamentaux composent les centres économiques de pouvoir, de propriété, de contrôle et d'investissements en Espagne: la Banque, en particulier les six grands groupes bancaires et financiers; le secteur public, représenté par l'Institut National d'Industrie (INI); le capital étranger, représenté par les grandes compagnies transnationales et les prêts de la Banque Internationale et, en dernier lieu, les groupes familiaux et les entreprises particulières qui touchent particulièrement la petite et la moyenne entreprise et l'exploitation agraire moderne.

Le capital financier a conservé son caractère de groupe hégémonique dans l'économie espagnole et, même s'il a cédé un peu dans le secteur industriel, il a réussi à maintenir sa présence pratiquement intacte dans le secteur bancaire aussi que dans la partie fondamentale des secteurs économiques de base comme la sidérurgie, la métallurgie, l'énergie électrique et les transports.

Le développement économique capitaliste de type monopoliste et la fusion du capital bancaire avec le capital industriel, a donné lieu à la formation de l'oligarchie: une infime minorité de parasites exploiteurs composés par certaines familles qui ont un lien de parenté entre eux et qui contrôlent toutes les ressources économiques et les ressorts politiques de l'État à leur profit exclusif.

C'est de cette façon -conclut la Ligne Programmatique- que l'Espagne est devenue, de semi-féodal, à un pays capitaliste où, aux contradictions propres de ce système, s'unissent celles dérivant des structures politiques fascistes, les exacerbant à tel point qu'elles acculent irrémédiablement la société espagnole à une profonde crise révolutionnaire.

Compte tenu de tous ces traits qui caractérisaient l'État et la société espagnole, la Ligne Programmatique approuvée par la Conférence définit la stratégie et la tactique suivantes de notre révolution:
Si nous situons notre pays -de système capitaliste monopoliste et de régime politique fasciste- dans le plan actuel international de crise générale du capitalisme et de triomphe de la lutte de libération des peuples et d'avance du socialisme, on observera que la phase présente de la révolution en Espagne trouve de meilleures conditions que dans le passé pour sa réalisation complète.

Cette aggravation progressive des conditions d'existence du capitalisme et de tr